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annetadame

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Ce blog est né de l'envie de partager mes états d'âme durant la promotion de mes deux derniers livres publiés, l'autodérision comme une arme... Aujourd'hui il est une porte entrouverte sur mon laboratoire d'écriture avec des textes issus directement de mon carnet du moment et qui trouveront place dans un livre en cours ou pas. Merci de votre passage.

Publié le par Anne Dejardin
Disponible sur Amazon et bientôt à la maison : On s'habitue à tout... même au bonheur !

http://www.amazon.fr/shabitue-à-tout-même-bonheur/dp/2491258005/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&keywords=on+s%27habitue+%C3%A0+tout+m%C3%AAme+au+bonheur&qid=1568186499&s=gateway&sr=8-1

Quoi de plus frustrant que de constater que le bonheur semble toujours s’être arrêté dans la maison d’à côté, plus belle, plus grande, avec un jardin plus v

aste ou plus verdoyant…

Ce livre est un témoignage du fait que tout est possible et merveilleux à tout âge, une fois qu’on a délogé la peur.  C’est un remède à la peur du bonheur. Et pour celles dont la maison a depuis longtemps accueilli cet hôte étrange et insaisissable et qui sont heureuses, ce livre se veut être aussi le récit de ce que doivent affronter les autres, celles qui gardent leurs volets clos, avec une pancarte sur la porte (à l’intention du bonheur) : intrus, passe ton chemin !   

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Publié le par Anne Dejardin

 

Le camélia ou l’art de la chute. C’est ce qui me trottait en tête depuis quelques jours. Ecrire là-dessus. Voilà qui me semble trop simple. Se méfier de sa première idée lorsqu’on veut écrire un scenario. Alors écarter le camélia. Deux pommes qui traînent sur la table de la cuisine. Presqu’identiques. Mais il y en a une qui est un rien plus petite, un rien, justement ce rien à propos duquel il faut écrire. Un rien plus petite. Un rien plus déformée. Leur différence tient en ce rien. Même ton, même état d’avancement. Deux petits jaunes dans le fouillis de la table de cuisine et c’est là que le cahier a choisi de s’ouvrir ce matin. Deux petits jaunes de forme sphérique comme un rappel des deux autres de forme parallélépipédique, jetés dans une caisse en bois avec un écriteau « servez-vous » chez un opticien du centre du village. Hésitation à y regarder de plus près. Sont-ils à échanger avec d’autres ? A-t-on le droit de les emporter ? Pour toujours ? La couverture plastifiée avec un code en lettres sur la tranche lève le mystère sur leur vie antérieure. Une bibliothèque a voulu s’en débarrasser. Besoin de place. Sommés de dégager. Même couverture et même couleur, unis par un éditeur commun qui a fait de ce ton flamboyant sa marque de fabrique. Pas de photo aguicheuse, c’est qu’on présente de la grande littérature. Un tout petit titre de rien du tout, un mot unique sur l’un : prison. Le prénom et le nom de l’auteur ne sont guère plus longs. Et son jumeau de Pierre Bergounioux. Stupéfaction, ces deux-là naufragés rescapés échoués sous mes yeux dans un lieu où mon passage était improbable ne peuvent être que pour moi ! Il suffisait de presque rien, peut-être un quart de dioptrie en moins pour que... Et ils auraient fini ailleurs une dernière fois lus ou même pas. Les pommes en couple improbables continuent à me questionner dès que je lève les yeux. On parlait de quoi au départ ? Ah oui, de vous. De vous pas vraiment à votre place au milieu d’autres objets improbables réunis comme pour une nature morte qu’on nommerait désordre : deux pommes jaunes avec un flacon de médicament sans bouchon, un verre avec sa cuillère inclinée en tobogan, des bagues fantaisie volumineuses, deux prospectus pour la toute nouvelle piscine, la pancarte en bois avec les lettres H, O, M et E, ramassées sur le paillasson, envolée du clou rouillé planté dans la porte d’entrée, montage savant bricolé avec amour pour un couple légitime, honoré, affiché dès la porte d’entrée, tout le monde a le droit d’avoir un rien de mauvais goût, les lettres décollées en vrac à côté des deux pommes et on ne sait laquelle des deux sera mangée la première et comment ce choix se fera car à l’œil nu elles semblent aussi mûres l’une que l’autre, identiques du moins de ce point de vue-là. Ecrire sur rien, est-ce d’une quelconque utilité pour quelqu’un d’autre que celui qui écrit ? Ecrire sur rien, c’est ce que je fais de mieux, il dit, celui qui me lit chaque matin au saut du lit, celui qui dort pendant que j’écris, que j’écris pour rien. Sur les pommes ou la fleur de camélia qui personnifie l’art de la chute. Tombée à peine éclose. Toute la puissance de sa floraison l’entraîne dans sa chute. Trop lourde pour la tige qui ne peut le retenir. Sa nature lui fait préférer l’ombre et les régions pluvieuses. Les pluies fréquentes la gorgeront d’eau. Le bouton longtemps demeuré clos, encapuchonné de vert sombre, va se délester comme on s’ébroue. Il ne peut retarder sa floraison. Quand c’est parti, c’est parti. Il faut y aller. Une pluie toujours cueille la fleur de camélia, l’alourdit, jaunit les bords de ses pétales. Celle-ci est intacte, tombée en pleine perfection. Elle pourrira sur place dans ce nid d’herbes sauvages qui a atténué sa chute, mais hâtera sa putréfaction. Fraîche contre la paume de la main, elle y tient tout entière, en épouse le creux, s’y love en confiance. Renflée juste ce qu’il faut. Rose celle-ci. Alors que dans la pensée le camélia ne peut qu’être blanc, émouvant comme celle qui en est l’emblème, cette actrice jouant son rôle dans le film en noir et blanc, beauté diaphane et éphémère, chantant encore à pleins poumons alors qu’elle ne devrait plus que tousser, mourant jeune... Et ce sentiment d’injustice. Serait-ce moins triste, si elle n’était si belle ? Pleure-t-on la mort de la fleur de pissenlit ? Est-ce seulement une émotion qui s’ajoute à une autre, celle éprouvée face à la beauté doublée du choc face à l’injustice. La main s’ouvre. Cette fleur-ci va connaître un destin exceptionnel. La main s’incline. Le camélia va tomber une seconde fois.

 

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Publié le par Anne Dejardin

J’ai testé les repas Feed[1]...

Quel rapport avec le blog qui traite de la promotion de mon livre La vie en face... Ne vous déplaise ? Aucun, je l’avoue. Enfin oui, oui et non, pour imiter Guilhome, cet humoriste belge...

https://www.bing.com/videos/search?q=guilhome&view=detail&mid=404F5978744B39A64E17404F5978744B39A64E17&FORM=VIRE

Je vais écrire des articles qui commencent tous par « j’ai testé... »

Un peu racoleur peut-être comme façon de procéder... Oui, oui et non... Parce qu’écrire des articles qui intéressent des personnes d’horizons différents pour glisser parmi eux des articles qui parlent d’édition, de lecture et de promotion pour les auteurs auto-édités, c’est pas bien joli. Pas vraiment politiquement correct...

Mais comme à mon habitude, étouffée par un égocentrisme avoué, alors qu’on se doit de cacher celui de l’ère du temps, j’écris d’abord pour moi.

J’ai testé, nous avons testé, mon Homme et moi, les repas tout prêts. Tout prêts, enfin oui, oui et non, parce qu’il faut quand même compter 45 secondes d’agitation effrénée. Mais aucune course dans un magasin bondé aux heures de pointe, pas de cuisson, pas de cuisinière à nettoyer ensuite, pas de gras sous la hotte... Le colis est arrivé, juste assez petit pour pouvoir être glissé dans la boîte aux lettres. Il attendait sagement mon retour. Au déballage, par personne, le paquet contient :

  • 2 soupes à la tomate provençale
  • 1 soupe aux légumes du jardin
  • 1 soupe aux cèpes
  • 2 barres genre barres de céréales.

 

Ce que vous avez envie de savoir :

Est-ce bon ? Oui, oui et non. Oui, jusqu’à la moitié de la ration, quelle qu’elle soit. Après, c’est plutôt non, mais il n’y en plus que la moitié à avaler et c’est une idée encourageante.

Est-ce suffisant ?

  • La quantité : pour les soupes, on dispose d’environ 2 très grands bols. On a après un seul déjà une impression de satiété. Après deux, pour ceux qui y parviennent, l’idée même d’un dessert, d’un fruit ou d’un café est « insupportable ». Une cuillère de liquide de quelle que sorte que ce soit en plus et c’est le drame absolu, retour à l’envoyeur avec erreur d’aiguillage car ça ne repart pas jusqu’à Feed Smart Food, C/O ADS Picardie, 60028 Beauvais cedex.
  • Pour les barres : après deux midis où on s’est régalé de soupe, on se réjouissait de tester les barres. Changer, on en rêvait, manger du sucré, oui, quel bonheur. Oui, enfin oui et non. On déchire l’emballage en plastique et une délicieuse odeur de noix de coco emplit aussitôt tout l’habitacle de la voiture, pourtant très grande, une familiale... La première bouchée calme l’appétit et l’ardeur face au changement. Pour ceux qui aiment les biscuits Touron du Sud Ouest, ceux qui s’effondrent littéralement dans la bouche avec une consistance de sable, moi j’en suis folle, donc la consistance ne pose pas de problème en soi. C’est le reste, tout le reste, le côté sucré (maltodextrose) qui n’en est pas vraiment..., le côté « en dehors du sucre » ça a le goût de quoi en fait ? C’est mauvais ? Non, même pas. De là à dire que c’est bon, il y a un océan entre les deux, entre pas mauvais et bon, il y a un gouffre. Pour mieux expliquer, je dirais qu’en ouvrant l’emballage, on regrette que ce soit petit. Aux deux dernières bouchées on est soulagé, une de plus et on calait. Quand c’est fini, avec Feed, on a toujours le même soulagement quel que soit le début, à la fin, on se dit « ouf, c’est fini ». Et on peut reprendre une activité normale et ne plus y penser. Le prochain temps de midi, on n’aura même plus faim, j’en suis sûre, on préférera continuer à bosser plutôt que de prendre une pause déjeuner. Pourvu que ceux qui emmènent ça au travail aient la possibilité de badger, sinon le temps de midi va leur paraître vraiment très long !

Est-ce sain ? A les croire oui, sans gluten, sans lactose, végan. Déjà pour moi qui ai des problèmes de douleurs articulaires, c’est sans gluten et sans lactose, c’est parfait et c’est rarement gagné. Végan, philosophiquement aussi, ça me va. Je peux m’alimenter le cœur en paix et la conscience au repos : chaque bouchée avalée n’est pas aussi une portion de souffrance animale. Une petite part d’un animal qui a passé un voyage d’enfer pour arriver dans un endroit qui sue la terreur, a été mal estourbi pour être parfois découpé à vif entre deux congénères par des hommes qui n’ont pas d’autre choix pour vivre et qui en plus en vivent mal...

  • Les jolies bouteilles transparentes pour la soupe sont en fait en plastique et c’est en fait la première déception. Privilégier notre santé, oui, au détriment de la planète, non. Pourquoi pas du verre pour les premières bouteilles achetées et on les rechargerait avec des préparations présentées dans des sachets ?
  • Les préparations bio sont épuisées lorsqu’on veut les commander. Deuxième déception.
  • A l’autopsie, enfin la seule qui nous soit permise à nous, pauvre quidam, quoi de mieux que de passer la main à Yuka[2]. Pour les soupes si le produit est annoncé bon, couleur verte, on apprend que ce produit contient 9 additifs[3] dont 2 à éviter... Enorme déception. J’en avais gros sur l’estomac et c’était avant d’avoir avalé une cuillerée de soupe. Pour la barre noix de coco et chocolat, le produit est carrément annoncé médiocre avec 5 additifs à risque faible, un peu trop calorique (mais il s’agit d’un repas (433kCal), trop gras (avec des graisses saturées) et un peu trop sucré. Yuka souligne l’excellente quantité des protéines et des fibres et le peu de sel

Les plus ?

  • L’illusion de manger comme les coureurs du Tour de France ou les cosmonautes (la lourdeur de la barre aux fruits rouges selon mon Homme doit défier les lois de l’apesanteur)
  • Le volume pour le nombre de calories défie toute concurrence et l’emballage plastique réduit doit être moins polluant que les bouteilles.

Les moins ?

  • Pour ceux qui comme moi avalent souvent de travers, les minuscules particules indéfinies mais délicieuses qui, si elles donnent l’impression d’être de la vraie nourriture du style de fins morceaux de croutons (spicy tomatoes) ou du style de petits morceaux d’oignons (légumes du jardin) peuvent se révéler dangereux. Mais est-ce un moins ? Oui, enfin, oui et non. Ce sont ces mêmes morceaux qui permettent un semblant de mastication absolument nécessaire à une bonne digestion entre autres.

Alors en résumé, Feed : oui ou non ?

Plutôt oui, puisqu’en définitive, je vais passer une nouvelle commande. Pendant combien de temps ? Jusqu’à ce que mort s’en suive ! Pour la même raison qu’il ne me viendrait pas à l’idée de changer l’alimentation de mon chien et de recommencer à cuisiner pour lui. Une fois qu’on l’a passé aux croquettes, le côté pratique empêche de faire machine arrière.

 

[1] https://www.feed.co/fr/

[2] https://yuka.io/

[3] 2 à éviter : E340 phosphate de potassium et E341iii phosphate tricalcique qui sont des antioxydants

2 à risque faible : E621i maltodextrine et arôme opaque non précisé par l’industriel

5 sans risque : E415 gomme xanthane,E345 citrate de magnésium(antioxydant),E392 extrait de romarin, E412 gomme guar (agent de texture), E1404 amidon modifié

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Publié le par Anne Dejardin
François Hollande à l'Encre bleue de Granville

Comprendre aide à être heureux ! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Daniel Pennac dans la vidéo qui passe sur Facebook.

Ecrire pour comprendre et comprendre pour être heureux, ce qui signifie que j’écris pour être heureuse. Rien à dire, ça se tient.

J’ai voulu comprendre pourquoi les gens étaient venus pour se faire dédicacer le livre de François Hollande, invité à la librairie de Granville, l’Encre bleue, hier.

On est samedi. Le dernier week-end avant la rentrée scolaire, l’eau est translucide et chaude, la plage peu peuplée, la température avoisine les 30°... Granville est le lieu où il faut être pour engranger un peu de jouissance physique avant la grisaille automnale. En profiter encore un peu.

Au lieu de cela, des gens censés, bien éduqués, pas jeunes se massent sur le trottoir étroit d’une rue cachée de la ville sous un soleil de plomb. Je ne compte que deux parapluies et trois chapeaux en guise de pare-soleil. On nous distribue de l’eau dans le fond d’un gobelet. Personne n’a prévu un tel monde, pas même la librairie. On est chacun arrivé tel l’enfant qui vient de naître : démuni. Seule une dame fort âgée ou fort avisée est assise sur un tabouret pliant en aluminium. Je ne la vois pas, elle est couverte de la tête aux pieds et tourne le dos au soleil.  Bien avisée, j’ai dit ! Devant moi deux jeunes. Ils ne sont pas venus ensemble. Il est teint en blond avec une barbe foncée parfaitement taillée. Il a un MP3 sur les oreilles et parfois danse très discrètement. Il a déposé à ses pieds un sac auquel est attaché un porte-clés prolongé par des clés. Il prend la place de trois personnes, ce sac, mais son propriétaire n’en a cure. On n’a qu’à ne pas se serrer les uns aux autres. Mais c’est instinctif, voilà qui nous donne l’illusion d’avancer, surtout lorsque rien ne bouge. L’autre jeune est une demoiselle tatouée. A cause de toutes ces inscriptions qui lui balafrent la peau du cou, du dos, du bras, d’une écriture noire indéchiffrable, je mets du temps avant de réaliser à quel point elle est belle. On échange quelques mots. Elle est charmante. Elle veut cette dédicace pour envoyer le livre de François Hollande à son père... L’attente va être longue. Personne parmi nous ne réalise à quel point. Ce livre cadeau revêtira ce soir l’allure de sacrifice. Elle doit beaucoup aimer son père.

L’ennui est mortel. Les corps d’abord écrasés de chaleur, il y aura quand même deux malaises, vont être peu à peu ankylosés par la station debout des heures durant.

La dame derrière moi a embarqué dans cette galère à la demande de son fils qui lui a renvoyé son exemplaire depuis Paris. Il est au PS, dit-elle, il tient beaucoup à cette dédicace. Si ma chair et mes tripes me permettent de comprendre sa motivation, qu’est-ce qu’une mère ne ferait pas pour son fils, la même chair me demande d’être raisonnable, de ne pas jouer les prolongations. Elle me rappelle qu’elle ne supporte pas le soleil, que la dermato a dit que... Elle insiste et va jusqu’à transpirer, elle qui se conduit d’habitude si bien... Le corps ne se comporte pas mieux. Il est proche du malaise. Qu’il tombe, après tout, qu’il décide et c’en sera fini. Je pourrai renoncer en toute dignité.

Renoncer ? Jamais. Je suis la fille de ma mère. Cette petite fille qui sur la scène de l’école devait tomber à la fin de la pièce. Tous les soldats mourraient, c’était écrit, c’était ce qui devait être donné à voir. Et tous les autres autour d’elle étaient tombés déjà. Il ne restait plus qu’elle, plantée droite sur ses deux jambes. Et depuis les coulisses des voix criaient en chuchotant fort, de plus en plus fort : « Tombe, Ghigui, tombe ! » Jusqu’à ce que ma mère, toujours debout, réponde fermement : « Non, je ne tomberai pas ! » Rideau.

Renoncer, alors qu’on a déjà fait deux heures de queue, ce serait dommage. Alors on continue. C’est ce que chacun doit se dire. J’hésite à partir. J’hésiterai jusqu’au bout...

Les corps abordent bientôt l’épuisement. A l’intérieur il paraît que François a tombé la chemise et transpire à grosses gouttes. Il parle à chacun. C’est bien. Encore quelques heures et me viendra l’envie de lui dire d’interdire les selfies et de se contenter de signer, juste signer, c’est simple quand même.  Faire œuvre de charité, maintenant, c’est prendre le livre, écrire tout au plus « cordialement, François » et basta. Il a entre les mains le pouvoir d’abréger nos souffrances. Qu’il le fasse ! Mais il fera comme pour l’euthanasie, il repoussera à plus tard toute décision radicale. Alors voilà, on est debout, le corps fourbu et on attend plus tard.

C’est ce qu’il me demandera, si les gens discutent ensemble pendant cette queue interminable. Je ne me souviens plus de ma réponse. Ah si, j’ai dit que oui, un peu, il avait l’air d’y tenir. Je ne voulais pas le décevoir. Lui aussi avait donné de sa personne, donnait, car j’étais à deux pas de la sortie, dans trois minutes, je serais libérée, dehors, et avec le sentiment de ne pas être tombée alors que mon corps me l’ordonnait. Mes genoux, mes pieds, mes chevilles, chaque orteille, mes lombaires, ils hurlaient tous : « Tombe, Anne, tombe ! » Et j’étais restée debout !

Lui, derrière un tout petit bureau de verre de 30 cm de large, était encore là pour des heures, alors qu’il était 20h et qu’il était au turbin depuis 14h30 précis. Il avait un verre d’eau et demandait un biscuit... Tandis qu’un peu plus loin Julie Gayet était venue nous interdire d’en donner à Philae, gentille labrador dont elle nous avait raconté qu’elle venait du Labrador. Elle avait voulu nous le reprendre alors qu’on était enfin intra muros, dans la librairie toute en longueur et dont la traversée nous demanderait encore deux heures supplémentaires. Mais, Dieu merci, nous ne le savions pas. Nos prévisions tombaient toujours trop court, nous imaginions à chaque minute qu’il nous restait moins de temps à patienter. Personne n’aurait misé sur 5h30. Sans doute que si nous l’avions su d’emblée, François se serait-il retrouvé bien moins entouré.

Certains étaient déjà allés voir Julie pendant notre attente à l’extérieur. Elle est jolie. Très simple. Toute simple. Ses parents sont granvillais. Elle est jeune. Elle est d’ici... Ces remarques fusaient de partout lorsque les personnes qui s’étaient échappées venaient ensuite reprendre leur place dans la queue. La fascination éprouvée pour des gens célèbres est universelle. N’étions-nous pas tous éberlué par ce qui nous était offert là : approcher le président de la république et lui parler. Elle aussi donnait de sa personne. Acceptait tous les selfies, souriait, souriait et souriait. Elle avait heureusement un sourire charmant. Habillée couleurs locales mais chic d’un pantalon foncé et d’un dessus bleu rayé de blanc, coiffure décontractée mais qui a demandé un savant art du brushing et maîtrise de coloriste, elle était parfaite. Et si jeune, bien sûr, pour nous qui étions tous au-delà de la soixantaine, ou si proche, si délicieusement jeune. Certains avaient énoncé 47 ans, pensez donc si c’est jeune...

Un instant j’ai eu l’envie de venir vers elle comme on abdique. Après tout mon livre était un livre de femme. Sa lecture serait plus intéressante pour elle que pour son homme. Plutôt que l’offrir au président... Car voilà bien ce qui me menait à cet endroit cauchemardesque et non sur la plage enchanteresse de Jullouville : offrir au président un livre dont les thèmes principaux étaient les familles recomposées, la retraite et l’amour de la région, des thèmes qui, je l’imaginais, devaient l’intéresser. Ne dit-on pas qu’il cherche à acheter dans le coin. La tentation était forte qui me faisait sortir de la file pour ne plus y revenir. Je lui offrais mon livre que je ne m’étais pas permis de dédicacer, voilà qui tombait bien et je me cassais.

Si je me suis ravisée, c’est d’abord parce que je ne suis pas adaptable aux imprévus. Toujours je préfère rester scotchée au plan initial. Rigidité congénitale. C’est aussi parce que je me suis dit qu’encombrée elle le poserait aussitôt et qu’il finirait ses jours à l’Encre bleue. Un bien pour un mal, la librairie était sûrement en rupture du mien.

J’ai eu tout le loisir de calculer les droits d’auteur de l’invité, d’expérimenter le sommeil debout, de faire un peu de cohérence cardiaque, de poser mes fesses sur à peu près tout ce qui pouvait les accueillir même très inhospitalièrement. Hélas le sol ne leur a jamais été accessible et son confort m’a été interdit faute de place entre nous. En début d’après-midi, j’avais amèrement regretté de n’avoir pas déjà acheté le livre car j’aurais eu quelque chose à lire pour passer le temps. Mais après trois heures de piétinement, à l’entrée dans la librairie, mon cerveau totalement hors d’usage ne pouvait plus participer à la moindre lecture. Pendant ce temps, François, lui, posait des questions à chaque personne, inscrivait une dédicace personnalisée et souriait pour la photo et ce durant un temps qui durerait bien après que nous soyons sortis. N’est pas président qui veut ! C’est plutôt rassurant...

Comment supporte-t-il ce traitement ? Il dispose d’une puissance de travail étonnante qui facilite l’entreprise, mais où trouve-t-il sa motivation. Il pourrait avoir une si belle vie. Son chien est sympa, sa nana charmante et ils ne manquent de rien. C’est quoi son moteur ? Pourquoi certains naissent-ils avec un surpuissant et d’autres comme moi avec un moteur deux temps : on quelques heures d’affilée et off tout le reste du temps ?...

J’ai aussi eu le temps de regretter les 60 € que j’avais donné à mon ostéopathe deux jours plus tôt et qui m’avait résolu de façon inespérée le gonflement du genou droit. J’ai réfléchi et calculé approximativement le montant qu’il me faudrait débourser pour qu’il efface de mon corps les stigmates d’un tel exploit.

Arrivée près du chien, j’ai trouvé un peu de réconfort à le caresser. Il est placide et extrêmement bien élevé. J’aurais pu me demander s’il avait fait pipi sur les tapis de l’Elysée mais mon esprit avait déjà démissionné. Tout ce que je pouvais encore faire, c’est caresser de l’extrême bout des doigts le haut du crâne de Philae car mes genoux ne pouvaient plus effectuer la moindre flexion, tandis que Julie passait le long de notre file et disait d’un air mutin : « Je n’aurais pas dû mettre des talons aujourd’hui... Quelle idée j’ai eue ! » 

Mais quel était le moteur de cette femme intelligente pour assister le grand homme dans une pareille mission ?

Le monde et ses habitants reste pour moi un mystère absolu. Après 5H30 de queue, je n’avais pas trouvé un début de réponse à ma question : pourquoi étions-nous là, le président, Julie, les autres et moi ?

Ne pas comprendre. Même avec l’aide de l’écriture. M’interroger, c’est tout.

Il n’y avait pas eu durant ces 5H30 de débats politiques, d’échanges personnels, de complicité naissante, d’idylle qui s’ébauche, à part dans ma tête entre les deux petits jeunes devant moi. Il avait des yeux bleus profond bordé de cils noirs démesurés. C’est ce que j’avais fini par voir de lui après environs 4h30. Il s’était retourné pour parler au libraire. Son sac était plein de livres achetés dans cette librairie. Sur la peau de sa voisine il aurait pu assouvir son goût de la lecture, le prolonger. Mais non, ça non plus il n’y avait pas eu. Juste un ennui écrasant. Je n’allais pas dire cela au président, alors qu’il n’était pas près de manger. Le chien et lui, même régime ! 

Je me suis imaginée à sa place, derrière le petit bureau de verre, avec une foule qui avait fait la queue pendant 5h pour que j’écrive de ma petite main une gentille dédicace sur « La vie en face... ne vous déplaise ». J’attendais que naisse l’envie, la jalousie, la conviction, quelque chose à quoi me raccrocher pour me motiver pour ma prochaine promotion. Rien n’a surgi. L’ennui recouvrait tout. Peut-être faudrait-il attendre demain. Oui, demain serait un autre jour !

  

 

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Publié le par Anne Dejardin
Quand on aime, on  ne compte pas !

Au secours ! L’imprévu, la tuile ! Comment me suis-je retrouvée dans une pareille situation ? Oh, certes, j’avais bien demandé un signe de l’univers, une synchronicité, quelque chose pour m’aider dans le choix du chevreau... J’aurais pu me dire que je ne lisais déjà pas dans le marc de café, que je n’avais sûrement pas les capacités pour décoder un quelconque signe céleste. Déjà avec tous les points sur les i, je ne suis jamais certaine d’avoir bien compris, même à mon âge et même en français...

Pour un concours de circonstances, c’est un imbroglio fabuleux !

Le résultat des courses est que je vais me retrouver non pas avec un chevreau mais avec deux ! Sans avoir pratiquement rien vu venir. Non, même pas : la mère n’attend pas des jumeaux et je dois prendre les deux !

Je risque de me retrouver avec deux chevreaux de deux élevages différents dont un à élever au biberon.

Comment j’ai réussi mon coup ?

C’est simple à expliquer, bien plus que la situation dans laquelle je vais me retrouver.

Ainsi donc, faisant preuve de beaucoup de sagesse, croyais-je, j’ai finalement renoncé à élever mon chevreau au biberon et me suis tournée vers l’éleveuse qui ne pratiquait pas ce genre de choses. Au vu de son site Internet, elle semblait extrêmement sérieuse. Elle vendait ses chevreaux très chers, mais sevrés à l’âge de trois mois. Pour obtenir un chevreau de son élevage, c’était une gageure ! Une photo mise sur sa page Facebook et dans l’heure le chevreau était vendu ! Bien sûr, ne vivant pas sur Facebook, j’arrivais toujours lorsqu’elle avait rajouté sur sa publication : vendu ! A force, ça énerve. On se prend au jeu. J’en veux un et je vais en avoir un. Je vais réussir. Elle ne répond à aucun mail, à aucun commentaire sur Facebook, aucun message sauf par un envoi tout préparé du style : lisez ces informations avant tout contact. On est ferré, addicte, le taux d’adrénaline bat des records, on mise tout ce qui nous reste et même ce qu’on n’a pas. Faites vos jeux, rien ne va plus. Pendant ce temps, bien sûr les photos qu’elle poste sont superbes, qui ne craquerait pas sur une bouille de chevreau de quelques jours, on se le demande. Elle a 16000 vues sur sa page, avec une seule publication récolte 150 like en moins d’une heure... J’avais beau avoir mis en priorité ses publications, j’arrivais comme les carabiniers et chaque fois je me disais, misère, c’était justement celui-là que je voulais. Prévenir en premier les acheteurs intéressés, elle ne fonctionne pas comme cela ! Pourquoi se compliquer la vie alors que ses chevreaux partent mieux que des petits pains ?

Alors j’ai appelé, j’ai rappelé, j’ai dit que je voulais lui acheter mon chevreau mâle, que je me foutais du prix, que je voulais un très beau sujet, qu’elle élevait comme j’aime et bla bla bla... Sur son site en effet elle disait faire très attention à qui elle vendait ses chevreaux. Un peu naïve, je suis du genre à croire tout ce qui est écrit noir sur blanc... Donc surtout il me fallait taire que je vivais à deux endroits, qu’il faudrait réinsérer mon petit dans un troupeau existant à chacun de mes départs, qu’il vivrait seul les six mois de l’année où il serait dans mon jardin. Et je sais que cette condition est pour certains éleveurs rédhibitoire. Comme en plus je ne sais pas mentir, je n’appelais pas en confiance.  Mais j’ai dû lui faire bonne impression car elle ne m’a rien demandé, m’a envoyé des photos de différents chevreaux, certains plus visibles que d’autres. Je les reçois à 21h30 et lui réponds de suite que je l’appellerai dès le lendemain dès 14h. Je voulais continuer à faire bonne impression et me montrer polie. Sur son site j’avais lu certains de ses commentaires acerbes sur les gens qui appellent n’importe quand, elle n’était pas tendre, elle demandait de respecter ses horaires soit de 14h à 20h ! Et là elle m’envoie un message laconique : je viens de vendre un mâle et une femelle ! Aussitôt je l’appelle et je choisis mon chevreau en fonction de ce qu’elle me dit de toutes les photos. Mon choix aiguillé par elle se porte sur un chevreau dont je ne vois à peu près rien hormis un peu la couleur du dos...

Dans mon affolement, je vire les 470€ en demandant si je peux aller voir ce que j’achète et là, refus catégorique. Même après avoir reçu le virement, elle ne me recevra que lorsque je viendrai chercher le chevreau ou quelques jours avant si vraiment... Elle a été cambriolée 3 fois, a déménagé 3 fois, dit être traumatisée. D’ailleurs le règlement a changé, explique-t-elle, contrairement à ce qui figure sur le site, elle ne prend plus d’acompte de 40% mais demande à la réservation l’intégralité du prix du chevreau. Mais elle annonce que si je ne suis pas d’accord, elle préfère ne pas faire la vente, qu’elle comprend très bien et qu’il n’y a pas de problème.

Donc depuis hier j’ai payé un chevreau dont je n’ai même pas reçu une photo du visage[1]. J’ai agrandi au maximum la seule que l’éleveuse m’a envoyée : la race ne fait aucun doute, c’est bien un chihuahua !

Mais mon tél continue à me signaler les alertes facebook que j’y ai introduites concernant l’autre élevage et bingo hier soir : 4 bébés à finir d’élever au biberon...

Et le doute me reprend et l’envie d’élever un chevreau au biberon.

Alors je me dis que l’autre éleveuse ne me rendra pas mes sous. Je le sais. Il est écrit partout sur son site qu’elle ne rend pas l’acompte de 40% en cas de désistement. Or de moi elle a exigé la totalité du règlement. Donc si j’achète le petit à élever au biberon, puisque j’ai payé l’autre, je peux donc en avoir deux, ce que je ne voulais pas du tout au départ. Laisser mon premier chevreau chez son éleveuse ou plutôt revendeuse ? J’hésite. Où finira-t-il ? Impossible de lui faire confiance. Je le prends et je le donne ? Je le revends ? Je le garde ? Quitte à avoir payé pour rien, autant avoir payé pour un chevreau. C’est décidé, je le garde pour que mon chevreau élevé au biberon ait un compagnon du même âge, un jumeau quoi. C’est des choses qui arrivent. On ne le souhaite pas, on est un peu surpris, voire catastrophé, mais on fait avec !

Y a plus qu’à trouver les avantages ! Et leur attribuer un tout gros coefficient !

A partir du 8 avril donc, avis à ceux qui me lisent : je ne posterai plus que des vidéos ! Et oui, je n’aurai plus une minute pour écrire. Pour ceux qui me prennent en cours de route, il faut aller lire le chapitre 2 : les complications !

 

[1] J’ignore à ce moment-là que je vais rester 3 mois sans aucune des photos promises par l’éleveuse à l’achat.

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Publié le par Anne Dejardin

Choix de l’éleveuse. Oui, il semblerait qu’il n’y ait que des femmes qui proposent des chèvres naines, voire toy.

Sélection faite, je l’appelle. Elle est charmante, passionnée. Je veux savoir à quoi m’engage le fait de choisir un chevreau à élever au biberon, s’il sera malgré tout à même de se réinsérer dans un troupeau, puisque les mois où je ne serai pas en Normandie, j’ai rencontré une personne adorable qui m’a proposé de le mettre avec ses chèvres naines à elle. Je ne voudrais pas que mon chevreau devenu grand pleure sa mère, c’est-à-dire moi, chaque fois que je repartirai dans le sud. Je veux un animal bien dans ses baskets, résistant, et je crains que de l’avoir élevé au biberon ne l’amène pas, adulte, à avoir toutes les cartes en pattes. J’imagine mon bébé devenu « bouc émissaire » dans le troupeau, d’avoir été trop couvé et privé de l’apprentissage des codes de la vie en communauté.

Il s’avère que le « chevreau élevé au biberon » doitvivre à l’intérieur, qu’il dort dans un Vari Kennel[1], mais que le jour où on l’emmène, soyez rassuré, il est habitué au biberon (et oui, il paraît que tous les chevreaux ne l’acceptent pas facilement). Lorsqu’il quitte l’élevage, il est aussi habitué aux chiens, aux chats, à l’aspirateur, à être enfermé lorsque vous n’êtes pas là. Autre avantage, me dit l’éleveuse, son urine et ses crottes n’ont aucune odeur.

Pourvu que mon chien ne les confonde pas avec ses croquettes, ai-je le temps de penser. Et aussi, à qui vais-je faire appel pour venir me faire du chevreau sitting pendant les trois jours où nous allons garder Emma à Arles ? Je suis prête à entamer mon capital, celui dont nous sommes dépositaires de génération en génération, mais totalement privés de la jouissance par obligation de transmission en intégralité par la culture familiale, le diktat, devrais-je dire. Mais là je suis prête à transgresser, une preuve formelle que mon envie est réelle et forte comme une déferlante. J’achèterai donc un très grand vari kennel, des clôtures électriques, une maisonnette de chèvre, bref tout ce qui facilitera notre vie et devrait peut-être éviter que ce bébé devenu grand nous rende chèvre.

Là où je commence à m’effrayer, c’est quand l’éleveuse dit que je deviendrai sa mère (du chevreau) et qu’il sera dépendant de nous.  Que les gens partent en vacances avec leur chèvre... Qu’elle les suit partout, qu’elle grimpe dans la voiture et hop... En voiture Simone !

Mais alors pourquoi n’en ai-je pas vu sur le sable cet été ? C’est la question que je me pose, tandis qu’une espèce d’angoisse commence à m’envahir, avant de trouver la réponse pourtant évidente : la plage comme la promenade est interdite aux animaux en été !

J’ose formuler une petite question : « Si c’est une chèvre-chien, ne peut-on pas lui interdire de monter sur le canapé ? » Avec une belle-fille[2] qui est éducateur(éducatrice canine ?), qui manie le clicker avec une telle pédagogie que les chiens les plus rebelles retrouvent des manières de chien du monde, enfin de gentleman, je me sens en confiance. Sûr qu’elle pourra m’aider ! Chèvre, chien, c’est un peu pareil, non ?

Il s’avère qu’hélas, ce qui est assez facile à imposer à un chien, est impossible à une chèvre. C’est la réponse de l’éleveuse. Vivre avec une chèvre, dit-elle, c’est vivre avec un délinquant chez soi. Ce sont exactement ses propres mots. Je me répète : « Respire, ne panique pas ! » Mais qui peut bien avoir envie de vivre avec un délinquant chez soi ? Personne déjà ne supporte un ado à demeure, même pas ses parents. La chèvre est un animal très têtu, ajoute l’éleveuse. Impossible de lui interdire quoi que ce soit...

Je suis soulagée que mon Homme n’ait pas entendu cela. Une bonne idée d’avoir appelé pendant une de ses rares absences.

« Par contre, elle ne vous détruira rien ! Elle ne mangera pas vos rideaux, n’éventrera pas le canapé... Non, rien ! »

Ça se confirme : un ado en somme ! Des fois que la période où les cinq nôtres l’étaient, ados, et qu’on serait nostalgique... Ou alors qu’on voudrait expérimenter comment notre couple désiste à cela. Vérifier que notre amour a bien la force qu’on lui attribue et qu’il survivra à la cohabitation avec un adolescent que le fait qu’on se soit connu trop tard ne nous a pas permis de tester avec aucun de nos cinq enfants.

Après avoir raccroché en disant que je réfléchissais encore un peu au choix chevreau sevré ou à élever au biberon, je retourne chercher un blog, un forum qui expliquerait la vie quotidienne avec une chèvre ex chevreau élevé au biberon. Le fait que je ne trouve rien ne me réconforte pas vraiment mais me conforte dans l’idée qu’un blog que je tiendrais et où je raconterais mes joies et mes déboires avec une chèvre naine, qui se prend pour un chien mais reste têtue comme une bourrique, devrait me promettre un sujet inépuisable et de belles heures d’écriture en perspective.

J’oubliais juste un détail : comment écrire avec un délinquant dans son salon ?

A la parution de mon premier roman, en 2001, alors que je découvrais que ce que je voulais faire dans la vie, c’était écrire, j’avais accepté de figurer sur une liste électorale. C’était l’époque de la mise en place de la parité au niveau municipal et les femmes avaient bénéficié d’offre de la part de ces messieurs qui, s’ils voulaient continuer à faire joujou en politique, avaient dû se mettre en quatre pour convaincre des femmes de venir s’asseoir avec eux au conseil municipal. Elue adjointe, j’avais expérimenté surtout une vie d’agitation bien peu nourrissante qui ne m’avait plus laissé aucune tranquillité d’esprit si nécessaire aux temps d’écriture. J’avais bien entamé un livre décousu sur tout ce qui avait changé pour moi à partir du moment où je m’étais engagée en politique, c’était assez drôle, mais bien sûr impubliable dans cette petite ville où j’officiais, et ce encore bien davantage que ce que j’ai publié jusqu’ici. Peut-être étais-je en train de remettre le couvert, cette fois en achetant une chèvre, et d’éviter inconsciemment de me consacrer à l’écriture. Mais ma décision était prise.

Demain j’écrirais aux Jardins Victoriens[3] que ma décision était prise, que je signais pour un chevreau à élever au biberon : et que mort s’en suive !

https://www.facebook.com/Elevage-Les-Jardins-Victoriens-chèvre-toy-et-extra-naine-904382472971714/

 

 

[1] Cage de transport pour chien

[2] https://www.facebook.com/AnimAllie.Educateurcanin/

[3] http://www.lesjardinsvictoriens.com/

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Publié le par Anne Dejardin
Y a-t-il une vie après la période de promotion ?

La chèvre est le nouvel animal domestique. Il n’y a qu’à voir les sites qui pullulent d’offres de chevreaux et le nombres de like qu’ils obtiennent sur Facebook avec les commentaires du style : « Trognon ! J’en veux un pour Noel ou pour mon anniversaire ! » au milieu d’autres encore plus innocents : « Est-ce que ça peut vivre en appartement ? »

Comme beaucoup d’animaux, le chevreau est particulièrement craquant. Reste que la chèvre me semble une version un peu décevante de son petit, comme un enfant prometteur qui tournerait mal, elle n’est pas à la hauteur de l’esthétique de son petit.

La chèvre-chien serait le nouveau concept. Pourquoi alors ne pas acheter un chien ? Il est tout de même plus adapté à l’appartement, à la course sur la plage, à la promenade en laisse avec vous ou votre famille.

Mais ne suis-je pas pire que tous ceux dont je me moque, moi qui suis prête à faire de l’achat de mon chevreau un prétexte à écriture ? Ne suis-je pas tout aussi coupable en détournant à mon seul profit un pauvre petit animal de ferme qui n’a rien demandé. Ceux qui me lisent savent que tout chez moi est prétexte à écriture, mais est-ce une excuse valable ?

Comment j’en suis arrivée là ? C’est une longue histoire. Résume, disait mon père à ma mère, épuisé à l’avance du nombre de digression auxquelles il allait avoir droit avant d’arriver à la fin de l’histoire... D’accord, je serai brève, du moins j’essayerai...

Il n’y a pas si longtemps, on les avait prévenus, nos cinq enfants, de bien réfléchir avant de s’imposer, à eux comme à leur conjoint, la présence d’enfants sous leur toit. N’avaient-ils pas tout pour être heureux, un physique agréable, des amoureux dont ils étaient amoureux, des métiers, des diplômes, une voiture, un nid douillet, des sous... En résumé, une vie de rêve !

« Petits enfants : petits soucis, grands enfants : grands soucis. »

« Parents, c’est pour la vie. »  

Mais, Bon Dieu, ils avaient bien dû entendre ces dictons populaires dans d’autres bouches que les nôtres, non ? Je me voyais mal y revenir avec mes gros sabots du style : « Ohé, mes enfants, vous savez : pas moyen de rendre son tablier ensuite ! » Ni le rejeton d’ailleurs, si on le trouve un peu brouillon. Un bébé qui pleure toutes les nuits ou un ado qui frise la délinquance, c’est comme les soldes, tu n’as plus le droit de l’échanger. Si en période de soldes, c’est écrit en grand, noir sur blanc à chaque caisse, je doute que ça figure dans le Laurence Pernoud[1]. Alors bien sûr ça m’avait longtemps brûlé les lèvres de le leur préciser. Raphaël m’exhortait au silence à coup de : « Il est inutile de leur donner des conseils, il faut qu’ils fassent leurs expériences eux-mêmes. » Je trouvais cela idiot, mieux valait pour moi une mise en garde dont on n’était pas certain qu’elle servirait que pas de mise en garde du tout !

Et voilà donc qu’ils s’étaient tous mis à faire des bébés, un, deux, trois, et pourquoi pas à la volée, tant qu’on y était...

Un homme averti en vaut deux, dit-on, mais à moi, on m’avait interdit d’avertir.

Je me retrouvais donc assise aux premières loges à les regarder expérimenter ce que je savais depuis le début qui allait arriver : les nuits sans sommeil, l’argent d’un salaire sur les deux englouti en garderie, les vacances à moitié ratées, les voyages fabuleux dont ils rêvaient remis aux calendes grecques, la fatigue, la fatigue, la fatigue, l’impression de n’être jamais là où il faudrait, à penser aux enfants en plein boulot, à être pressée de le quitter le soir, à pester contre toutes celles qui récoltaient les fruits de leurs ambitions - moins douées, moins diplômées, mais sans enfant - , torturée à l’idée de leur manquer, de ne pas leur consacrer assez de temps, et la fatigue, la fatigue, la fatigue, le manque de temps, de sommeil... Le conjoint qu’on adorait pour tout ce qu’il était avant de devenir père, mais qui ne le devenait pas exactement comme on aurait voulu, comme on imaginait qu’il serait avant, parce qu’on le voudrait toujours un peu plus comme ceci, qu’il fasse exactement comme s’il était une mère, mais pas trop tout de même car s’il était trop mère, en quoi seriez-vous indispensable, et bientôt vous trouveriez qu’il vous prend la place... On a trouvé un mot qui résume tout ça pour les tâches ménagères : on parle de répartition, surtout pour se plaindre qu’il n’y en a pas, de répartition ! Pour les tâches « bébé et tout le tralala », c’est le père qui résume le boulot, on est un papa poule ou pas ! Là, il faut déjà que la mère laisse un peu de place mais aussi la liberté surtout de la définir en tâtonnant au début.

Pour tout cela je suis encore aux premières loges, mais avec l’interdiction d’applaudir ou de siffler. Assister et rester muet comme une tombe. C’est que ça demande beaucoup de discipline à une fille comme moi, née pour manager, mission transmise de mère en fille, producteur de prototypes.

Dans cette situation difficile et périlleuse, j’ai eu beaucoup de chance : l’heure comme la mode est à la méditation, à la cohérence cardiaque, à la sophrologie. Le reiki est venu compléter l’arsenal de mes formations, là où une muselière ou un rouleau d’adhésif aurait peut-être suffi, voire été plus efficace. Mais à chacun ses choix ! A force de méditer, mon cerveau s’est adapté. Il semblerait qu’il ait découvert un nouveau circuit de fonctionnement. Mathieu Ricard tente depuis longtemps de nous en persuader. On dirait bien qu’il ait raison car la souplesse a commencé à me dire vaguement quelque chose. J’ai évolué, testé des choses qui m’auraient été insupportables. La peur a perdu du terrain. Et plus elle en perdait, plus j’avais envie d’innover, de sortir de mes sentiers battus, ceux qui je m’étais ouverts à coup de mauvaises expériences, de chagrins, de volonté de me relever, ceux qu’il m’était possible d’emprunter pour les avoir chacun parcouru de long en large, à toute heure et en toute circonstance, ceux-là et aucun autre, ceux-là à l’exception de tous les autres qui seraient forcément pires puisqu’inconnus, du moins le croyais-je.

Déjà que je me gargarisais au bonheur chaque matin ! J’avais tout ce qu’une femme peut désirer. En cherchant bien, je pouvais dire que j’aspirais à « être lue par beaucoup », objectif que j’avais dû réviser. Parce qu’il avait une influence directe sur la qualité de ma vie.

En effet après avoir traversé pour la deuxième fois de ma vie, l’expérience de la promotion du livre publié, et malgré le fait que je m’étais améliorée et que j’avais énormément appris dans ce domaine, j’avais pu en tirer un bilan raisonnable basé sur le rapport « qualité-prix ». Et il s’avérait que la qualité de ma vie avait beaucoup perdu au regard du nombre de livres supplémentaires vendus. Certes, j’avais mené à bien mon objectif de promotion, mais à quel prix ? Je n’avais plus écrit une ligne. Et le stress, certes réduit, m’avait quelque peu gâché le goût du bonheur. Mais au moins, après cela, avais-je été à même de réaliser que je ne voulais plus que « écrire et publier tout ce que j’avais envie d’écrire et de faire lire ». Comme dit avec justesse le philosophe : « Seras-tu plus heureuse parce que tu auras vendu un livre de plus, en restant une journée complète plantée ici ou là ? Est-ce cela que tu te veux pour le reste de ta vie ? » Il me rappelle mine de rien que j’ai entamé le reste de ma vie. Formulation qui a été largement exploitée, je n’y reviendrai pas...

Et en cherchant vraiment ce qui pourrait augmenter ma qualité de vie, en imaginant que ce soit possible, au vu de son niveau actuel, est née l’idée que ce serait d’avoir une petite chèvre dans une partie de mon jardin...

Bien sûr, j’ai pensé que cela me passerait. J’ai commencé par m’interroger. Dix ans de psychothérapie, ça laisse de bonnes habitudes ! J’ai analysé.

Ma capacité de communication avec les humains est assez particulière. On ne peut pas dire que je suis totalement inapte, puisque les gens me trouvent sympathiques et souvent m’aiment bien. Alors, me direz-vous ? Eh bien, en effet j’arrive facilement à me faire aimer et j’ai une grande capacité d’écoute et d’empathie. Mais il me manque l’aisance et la confiance. Communiquer me demande trop d’effort. Encore une fois ce fameux prix à payer. En écriture c’est pareil, si cela sent le labeur et la souffrance, le texte est rarement bon. Il faudrait aussi que ne pas être aimée ou trouvée sympa ne me fasse ni chaud ni froid. Hélas, ce n’est pas le cas. C’est au contraire aussi vital pour moi que de battre des pieds et des mains lorsque l’on tombe à l’eau, que le froid déjà tétanise vos membres, que les vagues vous submergent à intervalles réguliers. L’usage du groupe tient pour moi de la survie en milieu hostile, mais vous ne le verrez pas,  tout au plus prendrez-vous cela pour de la timidité.

Je me revois à 17 ans, premiers mois de la première année d’université à 50 km de chez moi. J’entre dans un bistrot pour boire un café sur le temps de midi, avant de reprendre les cours. Un garçon s’approche de moi et me dit : « Toi, tu es belle mais tu le sais ! » Des mots violents, crachés par un inconnu à mon arrivée, des mots trempés de mépris. Méprise et ahurissement. Je passe sans répondre. Je ne donnerai pas suite. Je gagne toujours du temps, jamais bien sûre de comprendre ce qui se dit autour de moi. Plus tard j’y repenserai souvent. Avec ironie. A cette époque, je ne sais pas du tout que je peux plaire, qu’on peut me trouver belle, moi qui me préférerais toujours autrement... Je suis juste une toute jeune fille timide et perdue.

Avec les animaux, ce problème de communication périlleuse disparaît. De tout temps ils ont été ma valeur refuge. Mes parents m’ont offert une enfance où ils ont été bien présents. Et pour cela ils peuvent être hautement remerciés. Déjà toute petite, avoir un animal est ce dont je rêve le plus. Chien, chat, hamster, poissons, perruche... Certes il faut beaucoup insister. Bien travailler en classe est la condition de base mais souvent ça ne suffit pas. Ils y ajoutent d’autres conditions selon les circonstances. Mon éducation repose sur le principe des récompenses. Il faut insister auprès de mon père surtout, même si c’est lui qui aime les animaux bien davantage que ma mère. C’est toujours elle qui en aura la charge, les nourrir à une époque où les croquettes n’existent pas. Elle nourrit et emmène chez le vétérinaire. Mon père et moi, nous nous contentons de les aimer... Passionnément. Nous les aimons beaucoup, intensément, comme tous les enfants ou anciens enfants à qui on a demandé trop souvent et trop tôt d’être parfaits. Les animaux nous aiment tels que nous sommes et cet amour-là fait un bien fou. Qu’importe que ce soit ma mère qui achète, cuise et prépare pour la semaine la pâtée de l’animal : un tiers de la ration est constituée de viande, de riz pour l’autre tiers et de carottes pour le dernier. Celui qui veut de l’attention, qui en a besoin, qui en réclame, c’est mon père, et chien et chat lui donnent sans compter, sans la moindre restriction due au fait que, tout de même, ce n’est jamais lui qui leur prépare la pitance...

Lorsque j’ai longtemps insisté, arrive le moment où mon père cède, il énonce la condition qu’il me faudra remplir au préalable. C’est celle que lui a dictée ma mère : le coach, c’est elle ! Lui, il est le président et le titre n’est qu’honorifique. Mais son accord est aussi obligatoire que l’est légalement celle du président de n’importe quelle association.

Et aujourd’hui, ai-je si peu progressé qu’il me faille encore obtenir de nos amis les bêtes cette réparation d’amour inconditionnel ? Non, je ne le pense pas. Mais cela reste un plus dans ma vie. Ai-je besoin d’une récompense ou d’une réparation pour avoir accompli courageusement ce travail de promotion, pousser la porte des librairies mon petit bouquin sous mon bras[2] ? Récompense en vue de toutes les promotions que je devrai assurer jusqu’à la fin de mes jours, puisque j’ai décidé de continuer à publier mes écrits, et bonheur d’une communication facile et rassurante avec mon animal ?

Mais à quoi bon me poser toutes ces questions ? Puisque tout le monde autour de moi a décidé de faire n’importe quoi, comme avoir des enfants, alors que tout allait bien pour eux, décider de se pourrir leur vie qui était presqu’idyllique, autonomie et grand amour combinés, eh bien moi, j’ai décidé de m’acheter une petite chèvre !

Plus de permission à obtenir, s’il te plaît, Papa, à un homme impressionnant et sévère, qui n’exprime aucune de ses émotions en dehors de la colère, son affection encore moins que les autres à part envers ses chiens !

Certes, un nouveau président est désormais l’élu de mon cœur, qui lui n’a pas qu’un titre honorifique. Mais, de cet homme, il ne me faut lui faire lever aucun véto à coup de s’il te plaît, j’aimerais tant que, ça serait si bien si, s’il te plaît, tu veux bien...

D’ailleurs je me vois mal lui promettre, pour décrocher son autorisation, de ranger ma chambre ou la maison, de ne plus le laisser passer l’aspirateur pendant X années, de lui acheter tous les yaourts qu’il veut, même si le Professeur Joyeux ne les autorise qu’à la veille de la mort, de ne plus jamais lui faire prendre l’avion, de ne plus l’emmener à aucun vernissage, exposition, shopping, de le laisser seul conduire toutes nos voitures et pour toujours... Rien ne marcherait car le président ne donne pas de permission. A peine émet-il des mises en garde du style de celle-ci, mais énoncée avec plus de calme expectative que d’autorité : « Je ne me vois pas bien partager le canapé avec une chèvre, en plus du chien et du chat... »

Décrocher une permission d’avoir une chèvre, je saurais faire. C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Mais avec Raphaël, ça ne me sert à rien. Il me laisse juste face à mes responsabilités.

En définitive, je peux vous dire que c’est beaucoup moins drôle. Ça demande de peser le pour et le contre, de pondérer les avantages et les inconvénients. Ça prend du temps et à la fin, en toute connaissance de cause, il faut assumer le choix de la décision finale : chèvre ou pas chèvre ! C’est beaucoup plus angoissant !

Et les vacances ? Et le fait de vivre à deux endroits ? Et quand tu devras aller garder Emma ? Et si tu as de nouveaux petits-enfants ?

Eh bien, finalement, moi aussi, j’ai décidé de me compliquer la vie.  J’ai décidé d’expérimenter les complications. Il n’y a pas de raison que ce soit toujours pour les mêmes !

Mais te la compliquer comment ?

Ben, je vais en profiter pour commencer un nouveau chapitre, parce qu’il est évident qu’il y a de la matière et ça risque d’être un peu long. Il s’intitulera :

Chap 2 : Les complications.

Prochain article

 

[1] « J’élève mon enfant »

[2] Autre article du blog qui parle de démarchage : http://www.annetadame.com/2017/01/pousser-la-porte.html

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Publié le par Anne Dejardin
Ecriture et punition

Bouger le stylo, se mettre en mouvement, le mettre en mouvement, faire circuler l’encre, le sang, la force du bras, sa puissance, l’énergie. Avancer sans savoir où on va mais y aller en confiance. Ignorer ce qui s’écrira dans ce balayage de gauche à droite de la plume qui crachote, cahote, hésite mais en aucun cas n’a le droit de stopper sa progression. Progression. Progrès. Digression. Hésitation. Hey ! Stop, à la ligne !

Du coin de l’œil lorgner la ligne suivante, évaluer le nombre de celles qui restent. Pages du matin sans le moindre…, sans…, le mot se dérobe, sans pression, sans obligation de réussite, il se refuse toujours, me nargue, se promène sur le bout de ma langue, sans quoi, Bon Dieu, obligée de m’arrêter, lever la plume, poignet en suspens, détacher le regard de la blancheur hypnotique, détourner les yeux de la feuille en répétant « sans quoi »… Le mot n’existe peut-être pas ? J’ai dû le pressentir, rêver son existence. Pages du matin sans... envergure, sans obligation, prétention, présomption, illusion, ambition,…

Ecrire juste comme on fait le travail. On remplit des lignes, comme lorsqu’on avait reçu une punition : copier 100 fois « Je dois écouter en classe », écrire en colonnes, d’abord tous les « je », les uns en dessous des autres mais bien alignés, autant de petits soldats, rien ne doit sortir du rang. On n’avait pas le droit, chez moi, de procéder comme ça, le faire parfois, malgré tout, tant est forte la tentation d’enfreindre le règlement, enjamber l’interdit, toutes les autres avaient le droit, moi pas, pourquoi, tracer les « je » mais veiller à ne pas trop bien les alignés, idem pour les « dois », que ça ne se voie pas, que le procédé employé ne soit pas dévoilé par un alignement trop évident, bravoure de braver l’interdit, ça n’a pas dû m’arriver bien souvent, c’est un domaine où j’ai osé le faire, la punition encourue au cas où la supercherie aurait été découverte ne devait pas être bien effrayante, tout au plus m’aurait-on obligé à recommencer, reprendre à la tout première ligne et continuer jusqu’à la numéro 100. « Je dois écouter en classe » par ligne et pas par colonne cette fois !

Depuis cette époque, c’est qu’on a réfléchi à la pertinence de choisir de donner des punitions « bêtes » ou des punitions « intelligentes » comme deux colonnes de calculs. Là aussi il y a eu diverses écoles dont l’une qui devait craindre de faire assimiler les calculs à une punition et militait pour qu’on revienne aux bonnes vieilles méthodes et aux punitions « bêtes ».

Pour moi, la seule vraie punition, c’était l’interdiction de remplir des colonnes de « je », des colonnes de « dois », des colonnes de « écouter », etc. …

SANS ENJEU ! C’est un mot qui pourrait convenir pour remplacer celui que je cherchais. C’est cela, écrire sans enjeu. Mais écrire en « je » malgré tout, en colonnes ou pas, voilà qui n’a plus aucune espèce d’importance. Ne reste que cet enjeu : écrire en « je » !

Et en écho à ce que je viens d’écrire je vous propose la lecture de l’interview de de Catherine Millet qui écrit des autobiographies.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/08/11/la-sensation-a-l-uvre-par-catherine-millet_5171403_3232.html#IBROKLcj0wlR1Lx4.99

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Publié le par Anne Dejardin
Flop ou pas ?

Flop ou pas ?

A propos des rencontres littéraires de Carolles avec Thierry Dancourt...

Non, je ne reprends pas les chroniques, je m’en tiens à ce que j’avais écrit dans l’article précédent.

Mais j’ai besoin de m’insurger. Chaque fois que j’entends à propos de cette rencontre littéraire de décembre : « Ce n’était pas terrible, samedi ! ». Et ce matin, chez mes libraires préférés où je viens acheter le livre en question, mue sans doute par un besoin compassionnel d’aller me rendre compte par moi-même du talent de l’écrivain, après cette rencontre que tout le monde estime décevante : plus aucun de ses livres exposé ! Voici déjà notre écrivain et ses petits tous remballés, prêts à repartir d’où ils sont venus. Ce qui est sûr, c’est que niveau vente, ça a été un flop.

Voici bien l’inconvénient de ces événements littéraires auxquels le public accourt, soit pour découvrir en vrai quelqu’un qu’on voit à la TV, soit pour apprendre quelque chose (comme ce fut le cas avec Aline Kiner qui, elle, a l’habitude des auditoires et captive avec les meilleures anecdotes qu’on retrouvera dans son livre qui traite du moyen-âge, sujet qu’elle a étudié au plus haut niveau, et Madame Kiner, quand elle prend la parole, elle la garde), soit pour assister à un show.

Et à Carolles, le show a presque toujours lieu avec aussi parfois tout un festival d’émotions selon les extraits que choisit de lire Xavier Houssin, mais peut-être aussi en fonction de son intérêt à lui, voire de son admiration pour l’auteur qu’il reçoit, avec qui il est alors d’une merveilleuse générosité. Pour ce qui est de l’auteur de samedi, on était en droit de se demander qui au juste avait décidé de l’inviter.

Quant à l’auteur, on ne médira pas en disant qu’il était clair au bout de 3 minutes qu’il n’était pas un grand communicant ! C’est sans doute pourquoi il excelle en écriture. Il est avant tout un homme qui écrit. Peut-être est-il de ces auteurs qui développent en écriture tout ce qu’ils ne peuvent pas exprimer oralement, qui écrivent pour donner le meilleur d’eux-mêmes, qui n’ont pas besoin d’en faire des tonnes pour se mettre en avant et ne savent même pas le faire. Thierry Dancourt est souvent comparé à Modiano pour ses livres et leur univers. Comment s’étonner qu’il soit à peine plus à l’aise dans ce genre de présentation publique que Modiano ? Pourquoi exiger cela de lui ? Aux questions qui lui étaient posées par Xavier Houssin à propos de ses différents livres, en effet, il hésitait, disait ne plus très bien savoir exactement de quoi il s’agissait, ne brodait pas, ne racontait aucune anecdote du livre, ne savait pas allécher...

Faudrait-il interdire aux auteurs qui ne savent pas se vendre l’accès à l’édition ?

J’avais tellement envie durant tout le temps de la rencontre, puis à chaque fois que j’entendais : « Ce n’était pas terrible » d’expliquer que certains auteurs écrivent comme on met au-dehors de soi. C’est un processus qui permet à celui qui écrit de surmonter, sublimer, passer par-dessus... L’intérêt d’un livre est dans le texte, et très peu dans ce que l’auteur veut bien en dire. Souvent même ce qu’il en dit déflore le mystère du texte et, à la lecture, si nous ne l’avons pas encore lu, nous nous arrêterons pour penser, oui, ça je sais, il l’a raconté samedi.

En plus de leur talent d’auteures, Carolles Martinez est une conteuse née, Valentine Goby est une extraordinaire communicante, Laurence Tardieu éveille une sympathie et une empathie immédiates. Si les soirées où elles étaient reçues ont été de véritables grands moments, qu’en est-il de l’écriture de Thierry Dancourt et de son dernier roman ? Sa venue ne m’a pas permis de l’appréhender.

Du coup chez mes libraires préférés, je l’ai acheté, moi, son  livre « Jeu de dame », histoire d’aller voir au-delà de sa prestation orale, histoire d’aller voir ce qu’il y a dans le ventre de son écriture, là où  ça m’intéresse vraiment.

 

Le 22 décembre je suis invitée au cercle de lecture de VVV à St Jean le Thomas par Bernadette Cozette. La réunion consistera en un tour de table où chacun des membres dira ce qu’il a pensé de la lecture de « La vie en face...ne vous déplaise ». Devinez quelle auteure était à l’honneur le mois précédent, juste avant moi : Aline Kiner ! Et elle a fait l’unanimité bien évidemment...

Ceux qui me souhaitent de bonnes fêtes n’imaginent pas que 2018 m’en réserve une supplémentaire : les critiques en pleine face... ne me déplaise ! L’annonce d’un flop assuré et ça en pleine relecture de mon livre sur le bonheur !

 

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Publié le par Anne Dejardin
Coffre-fort.

J’arrête de chroniquer !

J’ai autre chose à faire ! Et surtout à écrire !

A quoi bon inciter sur mon blog des personnes qui n’y vont pas à lire des livres qui ne feront jamais partie de ce qu’elles aiment lire ?

-         Pour les attirer ?

Vous plaisantez ? Mieux vaudrait dans ce cas chroniquer des livres qui appartiennent à la rubrique de ce qu’elles lisent. Sauf que ceux-là, c’est moi qui ne peut pas les lire… Alors les chroniquer…

La création de ce blog, c’est un peu comme un type qui aurait le vertige sur un tabouret et qui installerait un câble de funambule entre deux arbres centenaires. Pourquoi « centenaires » vous demandez-vous ? Le mot vous semble superflu… Vous avez raison, puisqu’il s’agit d’une métaphore, d’un bête petit exemple. Je suis d’accord, je peux le retirer. Vous vous dites que le type, on ne le changera pas. Même si on ne met pas le câble trop haut et qu’on le tient par la main, il aura toujours le vertige.

C’est pareil pour le blog, si on en revient à nos moutons. Mon blog et son utilité… Le câble, le gars qui a le vertige, il n’a plus qu’à en faire un fil à linge ! Il faut qu’il pense à le relever un peu, sinon le jour de lessive des draps, ils traîneront par terre et il devra tout relaver.

Mon blog, je lui ai malgré tout trouvé une utilité : il me servira de coffre-fort. J’y cacherai tous mes textes. A l’allure à laquelle j’écris, il allait falloir rajouter des bibliothèques avec des serrures. Ne pas perdre les clés. Se souvenir de l’endroit où on les a cachées… Toute une usine à gaz ! Alors que mon blog, lui, possède une mémoire d’éléphant, il garde tout bien planqué et il ne me prend pas la moindre place. Un coffre-fort sans l’inconvénient de la porte blindée, des clés et du code secret. Un peu comme une cachette si courante que le voleur ne prendrait pas la peine de vérifier, genre sous le matelas.

Pourtant il y a une faille, il y en a toujours une, même dans les systèmes les plus sophistiqués. Vous n’avez pas trouvé ? Bon, alors je vous rends votre langue au chat.

Ma mère[1], depuis sa maison de retraite située à 1300km de chez moi, a l’intention de présenter sa candidature pour intégrer le groupe des résidents chargés de faire des propositions d’animation et elle a une idée : demander qu’on organise des cours d’informatique pour qu’ils puissent utiliser l’ordinateur qui est à leur disposition dans le hall d’entrée.

Vous imaginez les dégâts s’il lui venait l’idée de taper « Anne Dejardin » !

Eh bien si, justement, figurez-vous qu’il existe des gens, dont ma mère fait partie, qui connaissent mon nom de jeune fille (il y a peu de chance que ma mère l’oublie, vu qu’on a partagé le même pendant des années) et qui le tape sur Internet ! Oui, comme ça, tiens, je taperais bien son nom de jeune fille à celle-là sur internet ! Sans savoir que j’écris, car ça, personne n’est au courant. Mes proches se gardent bien d’ébruiter la chose et comme depuis vingt ans je semblais m’être calmée, ils espéraient que j’étais passée à autre chose. Tout leur aurait mieux convenu : le macramé ou à la danse country.

Moi, quand on m’a dit que c’était arrivé un truc pareil, j’en suis restée médusée. Comme quoi, il y avait bien une faille dans le système et quelqu’un l’avait découverte.

Certes, si je veux me montrer raisonnable et positiver, ça me fait une lectrice de plus. Le succès aurait-t-il un prix ?

 

 

 

[1] Si vous voulez faire connaissance, il faut lire « Une vie normale » ou « La vie en face… ne vous déplaise »

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