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annetadame

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Ce blog est né de l'envie de partager mes états d'âme durant la promotion de mes deux derniers livres publiés, l'autodérision comme une arme... Aujourd'hui il est une porte entrouverte sur mon laboratoire d'écriture avec des textes issus directement de mon carnet du moment et qui trouveront place dans un livre en cours ou pas. Merci de votre passage.

Publié le par Anne Dejardin
Publié dans : #littérature, #photographie

Cette passion, d’où ça lui venait ? Pour qu’il en fasse un métier. Sa mère avait le vertige sur un tabouret. Son père, lui, c’était l’eau son élément. Toujours loin devant ou sous la vague. Être là et plus là, cela aurait pu définir le bonhomme. Avant qu’il achète le voilier et là il avait véritablement disparu. Alors non, pas de ses parents qu’il tenait son goût pour ça. Pas plus qu’il n’en avait reçu un pour son anniversaire. Il n’avait pas été initié par son père à le tenir à bout de bras lorsque la mer s’était retirée, sans emporter le vent. Et les fils s’emmêlant et le nez de l’oiseau se plantant d’un coup sec dans le sable dur, le bruit que ça faisait qui devait aller avec la peur que la chute l’ait endommagé, définitivement, et il fallait que le père démêle et tende à nouveau les bras au ciel pour qu’il remonte et vole. Il observait plutôt les autres, ceux qui en avaient reçu. Mais lui, non, il n’en avait jamais eu. Le journaliste venu l’interroger n’avait qu’à passer à une autre question. Le but était surtout de présenter l’expo, tout son travail actuel de photographe, des photos de parachutistes en plein ciel. C’est seulement plus tard en voyant cette photo qu’il avait compris. Ce qu’il voyait de sa chambre d’enfant chez ses grands parents, la villa en face avec son nom et c’était la seule vue qu’il avait. Et l’arrondi du haut de la fenêtre, un demi-cercle parfait, comme illustration du nom : Cerf-volant, à s’imprimer dans sa mémoire. C’était forme de parachute. Est-ce de là que ça lui était venu : prendre des cours de sauts et ensuite tout son travail photographique, photographier les parachutistes ? Est-ce qu’il aurait pu raconter cela au journaliste ? Est-ce que cela lui aurait suffi pour présenter l’expo ? Il aurait même pu lui proposer de lui montrer la photo… Est-ce que cela aurait changé quelque chose ? Allez savoir.

 

écouter plutôt que lire

Mon intention :

Pour continuer mon travail Le nom qu’on leur a donné… Résidences secondaires d’une station balnéaire de la Manche. Une photo par jour, c’était sur ma page La vie en face ne vous déplaise | Facebook. J’avais volontairement laissé hors champ la villa. Parce que, avais-je écrit, « à regarder seulement la photo du nom de baptême, c’était comme regarder par le trou de la serrure et depuis ne rien voir, inventer, on pouvait ». C'est donc ce que je fais ici : pour chaque nom un bout de leur histoire dévoilé.

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Publié le par Anne Dejardin
Publié dans : #littérature, #photographie

Dans une famille il y en a toujours une. Les parents prétendent que non, ils aiment tous leurs enfants pareil, ils le clament haut et fort. Alors pourquoi tant d’enfants à sentir qu’on leur préfère celui avant ou celui après. C’est aux enterrements que ça pète. Chez le notaire ou lorsqu’on vide la maison. Ceux qui ne veulent rien, ceux qui veulent tout. On commence par compter les nouilles dans l’assiette du voisin, disait la mère, quand un de ses enfants rouspétait, trouvait qu’elle lui avait servi une part plus petite qu’à son frère, et ça finit par des coups de feu aux enterrements. Ou chez le notaire, je ne sais plus. Je n’ai pas à me plaindre. Et peut-être est-ce pour cette raison que j’étais la préférée, parce que je ne me plaignais jamais. Mes parents me prenaient à part pour s’assurer que moi je ne demanderais pas un cadeau aussi cher que ma sœur. J’étais promue. Ils m’incluaient dans leur couple d’adultes. Faut les comprendre, c’était la fin de la guerre. Alors j’acquiesçais. J’ai eu tout en moins et jusqu’au bout, mais au final c’était du plus. Favorite ou préférée, c’est synonyme. C’est ce que mon père me disait, et même à voix haute l’affirmer devant mes frères et sœurs à la table de la salle à manger. On a un secret, Lily et moi, il disait. Le malaise et la joie et toujours les deux sentiments mêlés au fond de moi, la joie profonde et le malaise aussi. À peine descendue de la voiture de l’agent immobilier, la première chose que j’ai vue, c’est son nom, les lettres posées en arc de cercle et si lisibles, si éclatant. Je n’ai même pas eu besoin d’y entrer, j’ai su de suite que j’allais l’acheter. Elle aurait ce pouvoir de contrer le fracas du secret. Tant d’années après. Eux se sont juste étonnés, ont pris cela pour de la frivolité, te décider en vingt minutes, tu ne nous as pas habitués à ça, tant de désinvolture chez notre Lily, ils ont dit, ça ne te ressemble pas. J’ai gardé le silence. À quoi bon. Tout est affiché désormais. À peine besoin de lever les yeux.

Mon intention :

Pour continuer mon travail Le nom qu’on leur a donné… Résidences secondaires d’une station balnéaire de la Manche. Une photo par jour, c’était sur ma page La vie en face ne vous déplaise | Facebook. J’avais volontairement laissé hors champ la villa. Parce que, avais-je écrit, « à regarder seulement la photo du nom de baptême, c’était comme regarder par le trou de la serrure et depuis ne rien voir, inventer, on pouvait ». C'est donc ce que je fais ici : pour chaque nom un bout de leur histoire dévoilé.

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Publié le par Anne Dejardin
Publié dans : #littérature, #photographie

La villa est plus ancienne que la plaque et comment j’avais senti qu’il y avait là quelque chose qui méritait d’être creusé. Qui avait choisi le nom ? Qui l’avait accrochée ? En quelle année ? Je n’avais reçu que des réponses évasives. Tout un été j’avais parlé de la villa comme d’une figure humaine qui aurait eu un prénom. Ostensiblement et d’une voix forte,  malgré les remontrances que ce manque de discrétion m’attirait lorsque nous étions tous sur la plage, je disais je rentre chercher mon livre à La belle étoile, La belle étoile va me manquer en septembre, je crois que La belle étoile s’ennuie de nous en hiver, on pourrait visiter La belle étoile à Noël, le vent et le froid, elle n’aime pas ça, La belle étoile, et je guettais le visage de ma tante. J’avais remarqué que c’était elle la plus gênée sans que je puisse mener plus avant mon enquête. Puis j’avais grandi et je n’y avais plus pensé. Il avait fallu la mort de son mari pour qu’elle s’oublie, le choc émotionnel la première fois qu’elle y revenait après son décès, les yeux qu’elle avait levés vers la plaque en céramique aux bords bleus que le temps n’avait pu altérer. Comme j’avais été fâchée, avait-elle dit, de ce qu’il croyait être une belle surprise, ce nom affiché au fronton sans m’en parler ! À cause de ce que nous avions fait sur la plage une nuit que nous avions échappé à la surveillance de nos parents... Ça ne se faisait pas à l’époque, tu sais. Ce n’était pas comme maintenant. Lui avait juste dit en souvenir et levé le bras vers l’inscription toute neuve et il avait cligné des deux yeux, tu te souviens, c’était sa façon à lui, il fermait les deux yeux, pas un seul. Puis elle avait pleuré et j’avais dû la prendre dans mes bras. Toutes les autres questions qui me viendraient à ce propos resteraient sans réponse. Les grains de sable qui frottent la peau comme papier émeri, c’était toujours à ça que je pensais en premier. À la peau de ma tante, qui rougissait si vite, quand elle était encore jeune. Et si c’était juste en bas pratiquement sous les fenêtres de La belle étoile ?

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Pour continuer mon travail Le nom qu’on leur a donné… Résidences secondaires d’une station balnéaire de la Manche. Une photo par jour, c’était sur ma page La vie en face ne vous déplaise | Facebook. J’avais volontairement laissé hors champ la villa. Parce que, avais-je écrit, « à regarder seulement la photo du nom de baptême, c’était comme regarder par le trou de la serrure et depuis ne rien voir, inventer, on pouvait ». C'est donc ce que je fais ici : pour chaque nom un bout de leur histoire dévoilé.

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Publié le par Anne Dejardin
Publié dans : #littérature, #photographie

LOU KA Ma, ça ne voulait rien dire ! Elle avait cherché sur Internet. Peut-être était-ce du breton. Ou alors du patois normand. Elle n’avait rien trouvé. Sans doute n’était-ce que la première syllabe de trois prénoms. Louise, Katrine, Mathilde. Le K étonnait, surtout en 1900. Quand était née Katrine Hepburn après tout ? Le temps passait si vite. Et cent vingt ans plus tard, Louise, Katrine et Mathilde  mortes ou encore vivantes, mais obligées de vendre la maison familiale, les trois sœurs restées un temps dans l’indivision après la mort de la mère, mais tant que la sœur célibataire y vivait, les autres n’avaient pas réclamé leur part d’héritage, du moins pas celle de la maison, après tout ce que Louise avait fait pour leur mère, les dernières années n’avaient pas dû être drôles, mais ne se plaignant jamais, et la culpabilité que Katrine en avait ressentie, baptisée Catherine, mais lorsque le père avait voulu faire coller au fronton la tuile gravée, LOU CA MA, elle l’avait arrachée de ses grandes mains et jetée par terre. Le carrelage en portait encore l’éclat. Elle avait crié et pleuré, elle n’était plus une petite fille, elle exigeait qu’on écrive son prénom avec un K ! Une pareille détestation de son prénom, allez savoir d’où ça lui venait. Ou alors déjà ses rêves de grandeur, sortir du lot, se faire remarquer. Catherine comme dans la chanson stupide, disait-elle, et d’une voix qu’elle éraillait sciemment elle avait hurlé plus que chanter « Catherine était chrétienne, lac zim boum boum tralala pouette pouette, Catherine était chrétienne, son père, son père, son père ne l’était pas… » avec des mimiques hideuses qui tordaient son joli visage, avant de passer à l’argument de la Sainte Catherine, coiffer Sainte Catherine, accusant ses parents de la vouer au célibat, comment de ce C de Catherine ils la clouaient au pilori, ce C bien visible de la rue par tous ceux qui passaient avenue Vauban. Mais Catherine savait y faire. Toujours le père levait les yeux au ciel, mais ne disait rien. La mère comme à son habitude préférait désamorcer. Elle parlait d’autre chose, réclamait de l’aide en cuisine ou ailleurs. Mais elle avait eu gain de cause, Catherine, et le K figurait toujours au début de la seconde ligne sur la tuile remplacée, légèrement enfoncée dans le crépi qui avait été d’un doux rose. Et celle qui était restée célibataire, ce n’avait pas été elle, en définitive, mais Louise. 

 

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Publié le par Anne Dejardin
Publié dans : #littérature, #photographie

Je n’y reviens jamais. Enfin juste ce qu’il faut. Quinze jours par an grand max. Histoire de payer le jardinier. Il s’appelle Marcel, il a bien connu mon grand-père. Une autre époque. Avec lui je suis tranquille, même si à son âge, il ne peut plus qu’un petit coup de sécateur par ci un petit coup par là. Il est d’ici et il connaît tout le monde. Surtout ceux qui peuvent aider. L’antenne qui se détache et tape contre la façade, l’eucalyptus qui s’est couché… Avec les tempêtes il y a toujours quelque chose à réparer et je ne parle pas du toit. Le couvreur est de sa famille, je reçois des notes de 80 € chaque année pour quelques tuiles cassées. C’est pratique. Tant qu’il est là, je n’ai pas besoin de revenir plus souvent. Ou de prendre une décision. Le reste de l’année, la Michoudière reste fermée et c’est mieux ainsi. Quel nom débile vraiment et combien de fois la question c’était le prénom de ton grand-père ? Comme si on avait une tête à s’appeler Michou dans la famille des Paul-Etienne et Pierre-Laurent et des Jean-Noël ? Il n’a jamais voulu changer le nom. On ne débaptise pas ce qui l’a été. Comme si ça risquait de nous porter la poisse. Ce que ma grand-mère a pu insister. Et lui qui faisait exprès de dire la Michoudière en insistant sur le OU. On partira à la Michoudière dès le mois de juin. Viendrez-vous à la Michoudière en août ou au 14 juillet ? Une année, ma grand-mère a planté un rosier grimpant juste au pied de l’inscription. Elle devait penser qu’avec les années il aurait raison du nom. Comme elle avait gratté la terre, les épines allaient griffer les lettres de béton en surimpression. Le rosier a crevé. Le nom est resté. Bien visible depuis la rue. Qu’est-ce qu’il pouvait bien avoir dans la tête, mon grand-père ? S’était-il rêvé un jour en un Michou au grand cœur qui tenait maison ouverte pour tous, passez quand nous voulez, reste dîner avec nous, quand il y en a pour quatre, il y en a pour cinq, … Avec chanter en chœur à la fin de la soirée puisque toujours Pierrot amenait sa guitare. Lui qui ne savait pas se faire cuire un œuf et ma grand-mère qui détestait cuisiner. Peut-être que je focalise sur le nom à cause de l’angoisse que la villa provoque chez moi. L’idée toujours latente qu’il me faudra bien la vendre un jour et toujours je repousse. Ce serait le trahir une deuxième fois. La première, c’est une autre histoire. La voiture est chargée et j’ai bien tout fermé. J’ai la clé ici. C’est bon, on peut y aller.

 

Mon intention :

Pour continuer mon travail Le nom qu’on leur a donné… Résidences secondaires d’une station balnéaire de la Manche. Une photo par jour, c’était sur ma page La vie en face ne vous déplaise | Facebook. J’avais volontairement laissé hors champ la villa. Parce que, avais-je écrit, « à regarder seulement la photo du nom de baptême, c’était comme regarder par le trou de la serrure et depuis ne rien voir, inventer, on pouvait ». C'est donc ce que je fais ici : pour chaque nom un bout de leur histoire dévoilé.

 

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Publié le par Anne Dejardin

Le nom qu’on leur a donné… Résidences secondaires d’une station balnéaire de la Manche. Une photo par jour, c’était sur ma page https://www.facebook.com/lavieenfacenevousdeplaise/.

J’ai volontairement laissé hors champ la villa. Parce que, avais-je écrit, « à regarder seulement la photo du nom de baptême, c’était comme regarder par le trou de la serrure et depuis ne rien voir, inventer, on pouvait ». 
Et bientôt ici et sur le blog à partir de chaque nom : un bout de l'histoire dévoilée ! Un texte par semaine. Je vais reprendre chaque photo en lui écrivant un texte de prolongement qui sera un écho au nom, l’histoire sans début ni fin de celui qui a choisi ce nom ou de celle qui a acheté la villa et conservé le nom, de celle qui l’a photographiée, de celui qui cherche  à retrouver celle qui avait pris ces clichés et comment ils lui étaient tombés entre les mains, un fameux hasard, quand il y pensait, dans le tiroir d’une vieille commode chez le brocanteur du coin qui n’existait plus aujourd’hui et comme il était désolé mais le tiroir du bas ne s’ouvrait pas, bien coincé, semblait-il, et ils avaient forcé à tour de rôle, avant de se résigner et de l’embarquer ainsi, il y regarderait plus tard, ça ne devait pas être bien méchant, disait le vendeur qui avait tenu des années ce bric à brac à côté de la boulangerie et de la librairie où des écrivains autopubliés pouvaient venir dédicacer leur livre et le jeudi du marché était le meilleur jour pour les dédicaces et plus encore en période de vacances scolaires à cause des touristes plus nombreux, le brocanteur faisait alors venir des musiciens de ses amis qui animaient la devanture de sa boutique et si vous ne vendiez pas de livre au moins pouviez-vous écouter de la bonne musique. Puis la librairie était devenue Chez Jane un lieu où on pouvait boire un verre à côté d’un petit manège installé à l’intérieur avec un éléphant jaune tout mignon. Fermé aussi ce lieu, démantelé le manège miniature et l’éléphant avait été aperçu en vitrine ailleurs et perdue toute la magie du manège du fait d'avoir été séparé des trois autres animaux sans doute. Et quand enfin il avait réussi à ouvrir le tiroir, il avait trouvé ces clichés où seul le nom des résidences était exposé. Et c’est un peu de là que tout était parti.
 

 

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Publié le par Anne Dejardin
Publié dans : #littérature, #Journal

Tout est GRIS aujourd’hui GRIS le sable GRIS la mer GRIS  le ciel GRIS le sol de la promenade GRIS la peau du pied sur le cliché. C’est la photo un. Pas un chat. Non, pas à cause de l’heure matinale ou de l’été achevé. À cause de lui, le GRIS. Ici on le boude. On veut pour chaque jour des clichés vifs brillants, du jaune, du bleu, du rose, que ça pète, que le sable scintille. Terne ici, le GRIS, de n’être pas apprécié à sa juste valeur. Comme lui peut-être. À peine s’il tranche sur le sable. Chez lui tout est noir. Qui le sait ça, que le corbeau est très intelligent ? Sans cadrer, à l’aveugle, je le prends en photo. C’est la deux ! Il s’envole. Mon bras levé suit son mouvement. Le doigt de la main gauche clique. J’ignore s’il est sur la photo numéro trois. Il a quelque chose dans le bec. Je ne distingue pas ce que c’est, mais ça tombe. Sur le sable. L’oiseau fait une sorte de surplace assez disgracieux au-dessus. Il est face au vent, le dos courbé, la tête et le bec pointés vers le bas. Il scrute. Il descend dans un piqué lent et assez moche, qui est efficace. Je tends le téléphone, je clique au hasard, photo numéro quatre. Sans se poser, il reprend dans son bec ce qui lui a échappé, déploie plus large les ailles  et remonte. C’est la photo cinq. Il y aura le sable, la mer et le ciel, parce qu’il n’est pas encore en plein ciel, juste au décollage. Si j’ai eu de la chance. Face au vent qui est assez fort ce matin, il bat des ailes.  Peu de temps. Sa prise tombe à nouveau. Il faudrait la photo en gros plan de l’objet sur le sable ou mieux encore en chute libre. Ce serait l’idéal. Qu’on sache au moins de quoi il s’agit. Pourquoi si c’est comestible, il ne l’avale pas. Tout un film déjà en tournage dans la tête. Mais on n’en est pas là, juste ici à cliquer. Et on ne s’approchera pas. La photo six manquera. Les suivantes, on les a déjà dans Galerie. Le corbeau qui repère sa proie, la reprend dans son bec, vole face au vent et la lâche. Un  déroulé répété dans une régularité désespérante à contempler. L’objet tombe ! Il me vient l’idée bête de comment l’aider…

 

Est-ce métaphore de l’écriture ? De toute activité artistique ? Ce texte qui n’existait pas. Rien ne venait à l’esprit. Puis une vague idée a germé, de ce que j’avais regardé deux jours plus tôt, ce spectacle aussi inouï qu’inattendu, l’obsession du corbeau, sa volonté… face à ce que chacun des présents face à la mer ce matin-là pouvait constater à quel point il y avait peu de chance qu’il aboutisse à quelque chose, le manège en boucle du corbeau, mais ça n’entamait en rien la velléité de continuer et sans doute étais-je plus affectée des efforts déployés par l’oiseau que lui-même pris dans son ambitieux projet. Rien encore du texte n’apparaissait. Il avait fallu y croire fort, juste ça, y croire fort et accepter l’effort. Perdre de vue l’aboutissement.

 

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Publié le par Anne Dejardin
Publié dans : #littérature, #Journal
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La théorie des ensembles et ils avaient appelé cela les maths modernes...https://www.facebook.com/eric.pessan

Le visage de ma mère. C'est ce qu'il avait ramené avec son post. Parce que l'auteur reconnu qui avait à sa botte plusieurs terrains de prédilection pour créer, en avait parlé dans une publication Facebook, et tout ce qui était remonté à la surface et flottait en plus du visage de ma mère comme des corps flottants - son titre à elle reconnue aussi - que fermer les paupières ou les garder ouvertes, rien ne disparaissait, ça restait comme en surimpression, ça demandait à être écrit, comme tant d'autres textes et tant pis si ce n'était pas le sujet actuel ni du blog ni de la page Facebook où tant d'autres projets attendaient sagement en file indienne comme en Allemagne ou en Suisse, les cheminées, les mille autobiographies  possibles... La théorie des ensembles ramenait le visage de ma mère, quand l'écrivaine qu'on appelait désormais romancière avait ramené le visage de son père et ce qu'on appelait le petit œil pour celui qu'il avait alors, lorsqu'il était parti loin de la table familiale tout en leur laissant son corps attablé, les romans qu'elle s'était imaginée qu'il inventait. Pour mon entrée en sixième année, des cours qui avaient eu lieu au lycée (collège en France) destinés aux parents et ma mère après sa journée de travail reprenant la voiture le soir pour y assister et plus tard me faisant les cours avant l'heure pour être bien certaine qu'à la rentrée je comprendrais, et le plaisir si vif que j'avais éprouvé ensuite en classe à hachurer ou à entourer en couleurs et les plus beaux croquis étaient les ensembles au nombre de trois, des patates comme il disait, l'écrivain, avec la partie illustrant l'intersection de deux ensembles et la toute petite au milieu, si restreinte au cœur des trois ovales - quand pour les dessiner bien réguliers, des plaques de plastique prédécoupées existaient et juste de la pointe du crayon suivre les bords - le privilège d'appartenir aux trois ensembles à la fois quand pour certains éléments ce serait condamnation à rester en dehors, être communs à un tout seul et ce petit pincement au cœur comme compassion et bémol à la joie prégnante de cette activité,  et bonheur lorsqu'on pouvait du crayon en couleur en unir au moins deux de ces ensembles le pouvoir de réparation et de puissance que ça vous donnait, ma mère s'assurant que je comprendrais, me mâchant le travail, mettant toutes les chances de mon côté, à cause de ce qu'elle avait choisi pour moi, me faire sauter une classe, entrer directement en deuxième année (CE1 en France) et comprendre seulement maintenant qu'avec la théorie des ensembles, c'était une fois de plus me transmettre sa peur que je ne comprenne pas, une peur que j'ai faite mienne jusqu'à la phobie. Lorsque deux sens viennent à l'esprit et ne pas pouvoir choisir si ça veut dire ça ou plutôt ça et c'est la panique, l'impression de ne pas comprendre, de comprendre moins bien, moins vite, face aussi à ce qui échappe au réel, ce qui n'est pas vrai, qui ne s'explique pas, la science-fiction, le surnaturel, ce qui ne se peut pas...  Et un jour pourtant oser l'écrire. 

les cycles précédents - le tiers livre, web & littérature

Les ateliers d'écriture de François Bon

le tiers livre, web & littérature

 

 

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Publié le par Anne Dejardin
Pluie de roses, le nom qu'ils lui ont donné. Ce serait un nom clin d'œil pour un travail collectif.

Pour la première fois j'écris directement dans le blog. Pour vous décrire le projet qui m'animait lorsque j'ai commencé à publier sur ma page Facebook une photo par jour "Le nom qu'on leur a donné" à ces résidences secondaires d'une station balnéaire de la Manche. 

(10) La vie en face ne vous déplaise | Facebook

 

J'avais imaginé plus d'interactions, mais sans vraiment déterminer ce que vous pourriez apporter, en vous laissant liberté de venir écrire une réflexion à propos de la photo du nom du jour comme celle qu'ils avaient appelée "La passagère" ou en envoyant vous aussi une photo comme Piero l'avait fait, précisant qu'il m'en faisait cadeau...

Pluie de Roses, rue des Mines d'Or

C'est pourquoi je vais publier ici les textes qui se sont écrits tout autour des photos en espérant que vous viendrez laisser, vous aussi, quelque chose en lien pour étoffer, nourrir, offrir ramifications au projet en cours, vous en approprier quelque chose un peu comme photographier ces quelques centimètres carrés de leur résidence secondaire c'était sans doute aussi besoin d'interroger nos façons d'habiter, de s'approprier un lieu un peu beaucoup pour toujours de temps en temps et étrange que ce soit justement ces résidences secondaires, fermées tant de jours de l'année, que j'ai eu envie de capter comme réparation toujours ou alors de ce que ne pas habiter à l'année dans un même lieu entrait en résonnance avec mes propres choix. A vous. 

 

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Publié le par Anne Dejardin

Les trois règles, dos, tête, épaules, quand c’est trop long, elle se les répète. Ça l’aide à tenir. À faire passer le temps. Ça occupe son esprit. Derrière le masque du sourire. Mais ces mois-ci, il faut le retenir. Il ne faut pas se tromper de cérémonie. Pleurer un peu pour émouvoir ceux qui la regardent, c’est bon pour la popularité. Mais elle n’en peut plus de pleurer ou de faire semblant. Au début c’est facile, l’émotion on la sent. On peut même la retrouver facilement quand la musique est bonne. Elle aide. Surtout dans une cathédrale. Mais afficher une mine de circonstance pour des obsèques qui durent trois mois, les trois règles ne suffisent plus. C’est pour cela qu’elle a la bouche de travers sur cette photo. Ça ne lui arrive jamais. Tout le monde dit qu’elle est photogénique. Aucune photo ratée. À cause des trois règles surtout, mais c’est son secret. Toujours dos, tête, épaules. Un instant d’inattention et le cliché est pris, publié, posté. Les trois règles insuffisantes. Tout a beau avoir été étudié, la bouche légèrement rosée, les paupières maquillées de bleu pour faire ressortir la beauté de ses yeux, la robe noire, chic et sobre, avec sur le revers gauche une broche en diamants sertis d’or blanc bien sûr, l’or jaune pour un enterrement aurait été une faute de goût, pour le cou, ça va, à cause des trois règles, il commence à accuser le plissage du temps, il faut se méfier, dos, tête, épaule, le menton se tient bien aussi, les cheveux tirés et une coiffe à voilette qui ne recouvre que légèrement les yeux. Mais sur celle-ci, elle a la bouche tordue ! De travers. Tant d’efforts pour rien. Elle essaie de se souvenir. Qu’est-ce qui lui a fait pincer ses lèvres ainsi et tirer toute sa bouche sur le côté de William ? Se sont-ils heurtés en sortant de la cathédrale ? Lequel était légèrement devant l’autre ? Ils interprèteront sa moue ? Ils diront qu’elle a l’air agacée. Bien sûr qu’elle l’était agacée, avec les deux derrière qui n’arrêtaient pas de se tenir la main, comme s’ils craignaient qu’on les sépare, comme s’ils étaient des agneaux marchant au sacrifice. Après tout ce qu’on a fait pour eux, les passe-droits, les entorses au protocole, leur façon de traiter les domestiques et l’énergie qu’il faut pour que rien ne fuite. Oui, elle était agacée, oui, la photo était ratée. Elle s’en veut comme d’un travail mal fait.

Les trois règles : se tenir droite, la tête jamais vers le bas ou vers le haut, les épaules basses.

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