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annetadame

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Ce blog est né de l'envie de partager mes états d'âme durant la promotion de mes deux derniers livres publiés, l'autodérision comme une arme... Aujourd'hui il est une porte entrouverte sur mon laboratoire d'écriture avec des textes issus directement de mon carnet du moment et qui trouveront place dans un livre en cours ou pas. Merci de votre passage.

Publié le par Anne Dejardin
Ecrire c'est là...

Ecrire c'est là...

 

Réinstaller l'écriture.

Pour le sommeil le corps déboussolé a trouvé sa solution : dans l'inconscience de la nuit il s'est réinstallé dans le lit occupé la veille à 1200 kilomètres de celui-ci. Il a remis la fenêtre à sa droite et effacer celle de devant. Pour l'écriture c'est autre chose. Elle flotte insaisissable autour du corps désemparé qui cherche quels gestes livreraient un passage. Les chiens et chats sont plus rapides à réinstaller leur corps dans les postures usuelles et propres à cette maison, ce canapé, cette disposition des meubles. Et la phrase sur le nomadisme m'ouvre l'obligation du carnet, son usage et c'est déjà une bonne chose de faite, le stylo qui court sur la feuille, c'est le premier pas pour réinstaller l'écriture dans le corps déboussolé et qui s'est éveillé à 1200 kilomètres d'ici et qui se retrouvent baigner sur la gauche dans une brume matinale qui ramène le grand Meaulnes et ses incompréhensions adolescentes, quand là-bas le soleil au lever ne floute rien, mais éclate les couleurs dans le salon dans une insolence de précision.

L'automne putride et doré qui avait saisi la ville nous remuait le cœur. C'est que le nomadisme rend sensible aux saisons : on en dépend, on devient la saison même et chaque fois qu'elle tourne, c'est comme s'il fallait s'arracher d'un lieu où l'on a appris à vivre.

L'usage du monde

Nicolas Bouvier

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Publié le par Anne Dejardin

A la ligne.

Les mots, depuis les tout premiers, mots mauves des stencils distribués par la maîtresse à l'école primaire avec son écriture ronde et douce, alignés dans une régularité parfaite à engendrer la confiance comme la chaleur circulaire du poêle au centre de la classe dans le bâtiment préfabriqué, jusqu’aux mots à former soi et ce sera d’une main droite maladroite d’un délié qui se refuse et toujours les jambages anguleux et plus encore du passage à l'encre, chaotiques, acérés et piquants, frissonnants de la tâche redoutée, pour un peu plus de paisibilité d’un stylo plume enfin autorisé, après les affres de l’écriture à la plume sergent major, les mots noirs et prisonniers des manuels recouverts chacun d’un papier de couleur différente par matière à l'entrée en 6ième, comme  multiplier les couleurs pour boxer l'angoisse d'une mère qui a poussé sans remord trop avant son petit, et tant pis pour la belle uniformité, cahiers et manuels tous couverts d'un même papier, pour l’esthétique de la pile avec les plus larges tout en bas jusqu’au sommet pour le plus petit d’entre eux, jugée peu pratique par la mère  astucieuse qui décrétera qu'il faut une couleur par matière, le latin en vert, rouge pour le français et le bleu élu pour les mathématiques, pour livres et cahiers de l'enfant rêveur, qu'il trouve rapidement dans le cartable celui dont il a besoin, quand le professeur dira sortez vos cahiers, est-ce qu’il l’entendra lui assis là où il voulait, dans le ravissement de pouvoir choisir sa place puisqu’il est en  6ième, tout derrière s’il veut, à côté des mauvais il pourrait, dans le fond de la classe, près de la fenêtre et du radiateur il aurait bien voulu pour avec les yeux balancer au rythme des branches rousses et jaunes du vieux platane tout encimenté au pied  qu’il ne peut onduler que du haut sous le vent, mais se mettre devant il avait fallu pour bien voir et bien entendre, ne pas être distrait, quand tout est propice à l’évasion pour l’enfant trop jeune, et avoir le temps d’écrire tout ce qui est écrit au tableau avant que le professeur n’efface... et c’est toujours trop tard, les mots perdus qu’il ne retrouvera plus, sans demander à la voisine, regarder par-dessus son bras ce que sa main plus rapide a écrit et prendre du retard pour copier ce qui vient de s’inscrire de nouveau au tableau et ainsi de suite et trop tard et plus vite n’est jamais assez vite,  pour être prêt à temps, être prêt à écrire à copier avant que le professeur et trop tard il vient d'effacer, et bleu pour les mathématiques, bleu la couleur préférée de la mère, et se demander ce qui s’en serait trouvé changé de la destinée de l’enfant si bleu choisi pour le français, plutôt que pour les mathématiques, quand tout ce qui importe de père en fille pour sa mère c’est être bon en mathématiques. À la ligne.

À l'adolescence, les mots au stylo d’une encre mauve pourtant docile à disparaître dans l’instant sous l’effaceur magique, mais que le pigment rouge  au-dedans ramènera étrangement sur la page quelques mois plus tard, mots saisis à la volée, choisir ceux qu'on retient dans le flux parlé depuis l’estrade au tableau et comment les transcrire les modifier pour gagner du temps, θ pour tion,  ê pour l’auxiliaire être, pr à la place de pour, afin d’aller plus vite, ne rien rater des mots qui fusent par-dessus la tête courbée et écrire jusqu’au confort de l’hypnose qui s’empare du corps après un certain temps sans plus de volonté de saisir le sens, avec un sursaut d’envie, quand on recommence une nouvelle page, faire joli, soigner son écriture quand on est tout en haut à nouveau, ça dure pendant quelques lignes seulement, mais tenir plus longtemps si c'est la première page d'un nouveau cahier, à la ligne, mots d'amour violets sur papier à lettres imprimé en sourdine, bouquet de fleurs rose pâle ou oranger plus osé d’un coucher de soleil où deux amoureux s’enlacent, l’audace de poser ses propres mots d’amour à même l’image en travers d’eux qui s’embrassent en bord de mer, veiller à écrire droit malgré l'absence de ligne et s'enflammer avec eux, oser les passionnés pour la première fois, mais pas trop, parce que les écrits restent, la voix sentencieuse de la mère à rappeler les proverbes, les poésies d’un temps où on les apprenait par cœur, mon père, ce héros,  ou les chansons populaires, n'avoue jamais jamais jamais que tu l’ai-ai-aimes, à la ligne.

Les mots bruyants, dérangeants, pour aider le sang à couler, laisser partir ce qui ne sera pas, à taper le clavier comme on frappe des dix doigts, des deux mains, des deux poings, taper très vite à l’ordinateur c’est possible, (parce qu’il y a longtemps en 6ième latin math il y avait eu sur le temps de midi ce cours facultatif, imposé par la mère, d’un facultatif rendu obligatoire,  et c'est très vite son cours préféré, c’est jouer à être secrétaire, taper à la machine à toute vitesse, elle aurait aimé avec le rouge à lèvres et le fard à paupières et des bas nylon comme déjà certaines des grandes dans la cour, tandis qu'elle porte des socquettes blanches dans des souliers à brides. L’heure entière à faire des lignes de mi depuis les bons doigts, mi, les faire bouger sous la feuille scotchée pour cacher le clavier, taper sans regarder, et pour certains d’entre eux il faut répétition pour créer l’habitude pour que vienne la force et que toutes les lettres s’impriment avec la même intensité et pas moitié noir moitié rouge, mouvement répétitif qui calme le dedans du corps exige implication absolue pour atteindre l’écrit parfait et parfois l’oiseau lyre entré on ne sait comment, une heure de cours qu’on ne voit pas passer,  c'est celle qui passe le plus vite), quand ce n'est pas écrire à l'ordinateur, avec les mots frappés donc, ce sont les mots écrits au crayon des premiers écrits pour la rapidité du glissement de la mine graphite sur les cahiers Clairfontaine à spirale et sur une seule page, laissée libre le recto, s’offrir ce luxe sacrilège, oser le gaspillage de papier et suivre la pensée et c'est comme à nouveau écrire sous la dictée et presque même état d’hypnose.  

À la ligne. Un jour être celle qui depuis l’estrade parle, écrit et efface. Tient à la fois la craie et l’éponge. Les cris dans son dos, elle s’en souvient, une protestation qui se lève. Si elle arrête son geste ou pas, elle ne s’en souvient plus. Oui, sans doute. Elle fait volte-face et patiente. Pas toujours. Souvent. En impro c’est pareil, parler et effacer. Est-ce qu’on filme les impros ? Maintenant sûrement. Tout se filme. La beauté glaçante de l’éphémère comme un baiser mortel avec au-dessus de la tête la faux de la perte. Écrire et effacer. Avec la touche flèche vers la gauche, vers le passé dans le code cinéma, bien plus large que les autres, pour plus grande tentation, y réfléchir deux fois avant de ne pas effacer. Écrire et ne pas effacer. Un désir d’être publiée à son âge comme flirter avec l’obscénité. Écrire, c’est ne pas effacer. À cause de toujours les mots de la mère, les paroles s’envolent, les écrits restent.

À la ligne. La touche pour y aller à la ligne au clavier, c’est « entrer ». Dans la lignée.

Écrire, c'est quelque part vivre avec ses morts comme compenser la culpabilité de leur survivre, assez bien, finalement.

 

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Publié le par Anne Dejardin
Mauve

Mauve mauve mauve bleu rouge mauve bleu bleu rouge mauve bleu bleu bleu rouge mauve ou bleu rouge rouge mauve mauve du prof de latin sa couleur fétiche à lui  Sarley c’était son nom mauve sa cravate ses larmes mauves et nous tourner le dos avec sa chaise à regarder le tableau rouges ses yeux d’avoir pleuré dos tourné mauve le nuage comme un air embarrassé de remords de l’avoir chahuté lui à tenter dignité drapé de son spleen comme patricien romain  remord mauve amoureux d’une élève mauve leur suicide à des années de distance mauve mauve mauve bleu rouge rouge rouge des habits d’Église mauve pourpre par-dessus le blanc des dentelles des petits sacristains mauve mauve mauve rideaux draps plaids salon mauve mauve move bouge mauve l’aura du corps mauve mauve mauve la couleur de Sarley alors que pas mauve le latin mais vert et le français rouge et les mathématiques bleu et pour chaque cahier une couverture de couleur différente et le mélange des deux rouge français et bleu mathématiques c’est mauve pour sceller l’union sacrée mauve quand la couleur du latin opacifiera d’un bain noir comme langage divin au-delà de la compréhension du commun des mortels mauve à part mauve inhabituel mauve  purple people tu fais partie des purple people elle avait dit mauve guimauve jamais goutée l’imaginer écœurante mauve maux mauve comme un cri de vache mauve encens litanie prêche sermon collecte et le geste de ma tante pour partager l’eau bénite ramenée par son index et son majeur jusqu’aux nôtres pour  le signe de croix dès l’entrée à la messe le dimanche et la porte à tambour qui se reclappe dans le dos du dernier et son souffle pour nous pousser en direction de l’autel vers l’allée centrale avancer mauve malgré les regards sur nous de leurs dos tournés à cause de notre retard  avancer vers le mauve rouge bleu rouge rouge couleur cardinale.

 

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Publié le par Anne Dejardin
Ecrire le synopsis.

Pourquoi écrire un synopsis est douloureux ?

Lorsqu’on est dans l’écrire, on est ailleurs. On voyage dans une espèce de bulle créée de toute pièce avec la conviction rassurante d’être ailleurs puisqu’elle est artificielle, puisqu’on en est l’auteur, le maître. Le maître après Dieu, disait ma mère. De là à me prendre pour Dieu. Je suis celui[1] qui fait que cela existe et je suis celui qui fait que cela soit effacé. Je suis celui qui écrit. J’ai le pouvoir de vie ou de mort. Une fois le livre achevé, il peut être oublié. Je fonctionne de cette manière. Refermé, il perd toute existence.

Reste l’étape finale du synopsis.

Ecrire le synopsis tient de l’autopsie. On regarde couche après couche ce que ce texte a dans le ventre et on le décrit. Le corps est épluché, ausculté strate par strate. Il se retrouve nu, a perdu ce qui lui donnait élégance ou force ou grandeur. Il est nu. Il est couché là noir sur blanc, blafard, inerte, déserté de toute vibration car ligne par ligne ou chapitre par chapitre c’est plat, c’est répugnant d’une vie qui s’est absentée. On reste là à se demander où donc la magie s’en est allée. Et malgré cette constatation, il y a l’obligation de continuer jusqu’au bout et à la fin se retrouver avec quelques feuillets, quatre ou cinq au plus, et se dire qu’on aurait pu se contenter d’eux et faire en cinq feuilles, ce qui a pris tout un livre. Résume, disait mon père à ma mère dès qu’elle commençait le récit de la moindre anecdote. Et c’était comme s’il fallait alors percer le soufflé d’un coup de fourchette.

 

 

[1] Et non celle... puisque Dieu est un homme jusqu’ici.

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Publié le par Anne Dejardin

Elle marche les mains pleines, os de sèches, galets, ne pas perdre la clé de voiture. L’air de la mer est euphorisant, elle l’a lu quelque part. Les galets ont des formes de cœur ce matin. Cela ne peut pas être un mauvais jour.

Partie à la recherche de lieux à décrire, intérieur, extérieur, c’est la proposition 8 de l’atelier d’été[1]. Et il lui en faut huit. Il y a bien Ker Suzanne tout au bout. Face à la mer elle n’en finit pas de pourrir. Elle effraie aussi avec des allures de château hanté que lui confère un choix de blocs de granit sombres et bruts qu’aggrave encore son délabrement. Elle ne fait envie à personne à part à elle bien sûr. Mais elle a déjà écrit à son sujet, toute une nouvelle, si elle s’en souvient bien. Elle va lâcher l’affaire. S’occupe plutôt de ce qu’elle voit à ses pieds. Ramasse.

Une voix de femme crie : Raphaël, Raphaël. Elle s’adresse à un groupe de plusieurs personnes qui lui tournent le dos et que le temps gris n’a pas découragées. Ils vont se mettre à l’eau.  Raphaël. La voix insiste, répète, hausse le ton pour que le vent n’emporte pas le prénom ailleurs. Elle, les mains pleines, s’est redressée. Attentive, elle attend. Quelqu’un parmi eux va se retourner. Voilà Raphaël, c’est lui. Il est métis. Evidemment, comment n’y a-t-elle pas pensé. Beau, élancé et black.

Raphaël fut un enfant adopté. Adulte il eut de brusques accès de dépression. Il cassa ses pinceaux, hurla, pleura, quitta, fut quitté.

Voilà comment elle ramena un peu plus de Raphaël à la maison juste en ramassant des coquillages.

Suivre l’atelier d’été de François Bon, Outils du roman, c’est ici :

https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3982

Avec la fin de l’histoire aussi.

 

 

 

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Publié le par Anne Dejardin

Foule visages et corps restaurant  ̶  cantine plutôt  ̶  menu unique douze euros cinquante avec fromage et café boissons comprises cidre ou vin rouge la porte est dure il faut une poigne d’homme elle reste ouverte pas pensé à refermer derrière lui le froid s’engouffre les corps d’hommes  massés au bar avant les grandes tablées là où il restera de la place après le bar il y aura écrouler son corps sur la chaise son assise en paille cannelée on dit je crois leurs dos sombres des vestes d’entreprise qu’ils garderont pour manger  parfois éclairé parle des lettres bien lisibles collées sur eux comme pour faire famille visages rouges de ces teints pâles du nord qui marquent vite à l’effort ou à la chaleur ou à l’alcool aussitôt rougie la peau et les kirs alignés devant leur corps encore un peu debout avant le lâcher des muscles sur la chaise debout corps appuyés contre comptoir et lui le plus jeune plus petit son bras carrément dessus avec le coude et c’est épuisement visible et main dans les cheveux coupés courts comme on caresse un chien qu’il faut réconforter il se caresse le crâne debout à côté des autres et se parler entre soi avec ceux de la même équipe ou avec le parton de l’autre côté du comptoir et qui sert des bières des kirs des cafés pour ceux qui déjà ont fini et pas treize heures pourtant et les bras des serveuses en l’air avec plateaux avec assiettes pardon pardon bourrer s’il le faut pousser un peu il faut passer le rempart des corps devant le bar à côté des tables devant le buffet des crudités mais pas que des légumes des œufs durs moyonnaise du pâté des saucissons des trucs qui tiennent au corps qui récompensent après l’effort et les kirs offerts du vendredi c’est pour eux qu’ils viennent le vendredi les petits vieux, qui ont téléphoné pour retenir une table, qui viennent à deux ou trois ou quatre parfois réservent toute une tablée, vu que c’est pas cher et que c’est bon ce serait bête de  s’en priver à peine si on ferait mieux chez soi et pour à peine moins cher et le saucisson et le pâté pour une fois qu’on peut il ne se prive pas mais elle regardera dans son assiette et il se fera attrapé c’est pas moi c’est le médecin qui le dit que tu n’as plus le droit mais maintenant que c’est dans son assiette il va tout manger car autrement ce serait gâché et c’est pas mieux. Ils sont d’accord.

Les mains qui se serrent par-dessus la table entre ceux qui mangent déjà et ceux qui arrivent seulement, les artisans, ils se connaissent entre eux tu es où en ce moment on apprend qui a eu le chantier ou qui a fait construire  passé midi trente c’est dur de trouver une place jusqu’à ce qu’une des serveuse demande là ça vous va en leur indiquant des places mais c’est pas vraiment une question ou dise on va vous redresser la table-là vous pouvez vous y mettre, elle répète les desserts au choix ici et puis là, et il y en a vraiment beaucoup à dire, tartes aux fruits rouges, Paris-Brest, mousse au chocolat, crème brûlée, galette des rois ou bûches selon les saisons, yaourts et cônes si vraiment rien ne convient, vous avez déjà eu le fromage ? « Service » qu’on entend par-dessus le bar, c’est le patron qui le dit très fort et les serveuses répondent merci on  ne sait pas à qui. Ils sont deux, un couple. Il ne salue pas et elle dit tout haut à chaque pièce traversée bonjour la tête levée en cherchant un regard elle ne veut pas qu’on puisse la croire fière même si ici ils ont leur table réservée la seule avec une plaquette en plastique avec les lettres en doré et sans hésitation ils se dirigent vers elle dans le coin à gauche et c’est la leur et ça se sent. Un peu gênée de ce passe-droit, juste parce qu’ils viennent tous les jours. Un jour l’odeur est si forte qu’on se demande bien dans quoi on a marché et manger malgré elle qui entre par le nez si fort qu’elle contamine l’intérieur de la bouche et qu’on ne sait si on pourra continuer le repas et c’est eux derrière d’avoir travaillé avec les cochons d’un élevage intensif comme les photos qu’on pèche sur le net et qui vous passent devant sans que vous ayez pu y échapper et la maltraitance animale à laquelle on ne veut pas penser même si ces images vous collent à la rétine mais manger du porc souvent et beaucoup non elle ne peut plus. Mais c’est plutôt rare l’odeur. Le bruit est plus surprenant des jours fort à ne plus pouvoir échanger avec celui en face et c’est pour ça qu’ils parlent de plus en plus fort pour surmonter le bruit des autres qui parlent mais parfois c’est calme aussi et la serveuse a le temps pour quelques mots, vous allez bien, de vous réserver le dessert qu’elle sait que vous préférez. Des dos larges des tailles hautes des corps volumineux dont les vêtements l’hiver augmentent l’espace nécessaire pour se mouvoir entre les tables serrées et tenir dans l’espace entre le bar et les tables pour l’apéro ou le café c’est à la limite du possible mais toujours ils y arrivent. Plus personne ne fume juste boire encore c’est permis. Parler fort et rire aussi d’un rire gras et communicatif, d’un rire qui irait bien avec une grande tape amicale dans le dos, une qui secoue le corps malgré sa stature, charrier la serveuse c’est rare elles n’ont pas le temps elles courent presque tant elles pressent le pas et les gestes rapides pour débarrasser, puissants à porter les bouteilles de cidre et c’est beaucoup d’un coup et les assiettes pleines et les piles à ramener en cuisine.  Elles crient pardon sans attendre le passage elles l’ont déjà forcé de leur corps à elles en mouvement pour passer à travers la masse des corps agglutinés. Les marques de leurs chaussures de travail sur le sol les traces de boue c’est juste après la première porte après ça se voit moins. Il pleut et tant pis pour les semelles crottées c’est incrusté dedans cette boue des chantiers ou des champs c’est pareil. Le paillasson a perdu toute utilité vu son état.

Deux seulement à porter bonnet un rouge et l’autre noir et les autres tête nue et même de nue comme sans cheveux et blousons ouverts d’avoir chaud encore d’avoir travaillé depuis le corps et les muscles dans le froid du dehors et pantalons avec une grande poche de chaque côté un seul à fumer depuis le parking où la camionnette garée et les quelques enjambées jusqu’au restaurant, ça ne suffira pas et laissé seul dehors devant la porte pour tirer encore une ou deux bouffées tandis que ses collègues sont entrés. Un seul jeune dans les quatre et c’est exception, jeune d’être le fils du patron ou juste un apprenti, et alors être celui qui ne connaît rien qui balaie  et même cela il ne sait pas  et ce n’est ni fait ni à faire, mal fait dirait la mère, laisse-moi faire, celui qui porte et apporte et reporte et va chercher jeune des aller-retours entre le lieu où se fait le travail et la camionnette et jeune d’une démarche lente indolente de celui qui est là sans y être et pourrait tout aussi bien être ailleurs mais pas là où rien ne le retient mais il faut bien en faire quelque chose de celui-là c’est ce qui se dit de lui autour. Il mange avec eux qui lui servent à boire de l’alcool déjà et c’est peut-être ainsi le début du faire partie.

 

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Publié le par Anne Dejardin
Il y a marcher dans sa ville

IL Y A MARCHER DANS SA VILLE après soulagement de partir loin.

Marcher comme enfoncer le pied au pied des immeubles poussés du dedans plus longs plus hauts plus partout plus même où avant c’était maisons.

Dans lenteur de déambulation, plaisir de dérouler le pied et l’autre aussi là où c’était que dessins en 3D de promoteur imitant le trait du crayon d’un homme traçant sur feuille blanche avant les ordinateurs.

Et avec le corps, depuis lui, vertical sur deux jambes, appréhender l’espace entre les façades hier en papier de deux immeubles paquebots qu’un escalier de béton avec petites lampes jolies bordant comme pour empêcher les coques des deux bateaux de taper l’une contre l’autre quand la mer énervée, agitée, s’il y avait la mer... à St Genis Pouilly.

Quand tout ce qu’on en savait avant en réponse à inquiétude et questions, quelle distance entre les balcons, était un chiffre avant « mètres » et ça ne nous parlait pas ne nous disait rien quand à la commission urbanisme on était assis en fond face au maire et à promoteurs et équipe.

Moteur on tourne et on regardait.

Mais six ans après, c’est le corps petit entre les deux façades qui comprend 5 ou 10 mètres c’est quoi la différence et aussi c’est haut comment et à côté des escaliers pour les handicapés ou juste les personnes âgées, un chemin en lacets / virages en épingle à cheveux, qu’importe que le nombre de pas doive être multiplié par mille, car c’était qu’une réponse théorique pour oui aux handicapés on y a pensé.

Marcher dans une ville rêvée sur plan et dérouler le pied dans la réalité. Densifiée, peuplée, agrémentée, ma ville, ne rien y reconnaître ou si peu et avec ses pieds sentir. Sentir le monde qui tourne sans les vôtres, sentir déjà un peu : avoir un pied dans la tombe.

Revenir...

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Publié le par Anne Dejardin
Je veux des coquelicots dans la Manche...

Des coquelicots dans la Manche, oui, j’en veux ! D’autres aussi apparemment puisque ce dimanche une marche était organisée à Granville.

Devant la mairie j’y suis. Seule parmi les personnes rassemblées. Je ne connais personne. Où sont les autres, ceux que je côtoie, qui mangent bio, dénoncent sur Facebook ? Le soleil brille en ce début septembre. Le temps dans la Manche ne pourra pas être incriminé. Deux orchestres sympathiques. Je me dandine. C’est plus festif, plutôt que de piétiner en attendant le départ du cortège. Il s’ébranle.

Je marche. J’ai écouté le discours. J’ai lu les pancartes. Il faut protéger les terres agricoles, contre l’urbanisation, contre les bénéfices de Nexity et Pozzo, amalgame avec la forêt amazonienne... Je ne me sens bien derrière aucune de ces bannières et je me dis qu’on n’est pas près de faire bouger quoi que ce soit, si déjà j’ai envie de faire valoir mon petit point de vue personnel.

Je marche, le soleil est radieux, le cortège bon-enfant. Je regarde les personnes autour de moi. Et elles, elles sont venues pour quoi ? Un vélo équipé d’un porte-enfant à l’avant comme on en voit aux Pays Bas, conduit par une mère écolo. Mais pour faire tenir le petit au casque en plastique rose-sûrement made in China- bien calme, on lui a mis entre les mains de quoi grignoter... Chips, viennoiserie ou autre cochonnerie... La mal bouffe ce sera pour dimanche prochain. Ce n’est pas gagné, le nouveau monde idéal. Il faudrait renverser tant d’habitudes qui facilitent la vie.

Je marche. Elles ne sont plus jeunes, des mères de famille dans la bonne trentaine, qui ont eu le temps de réfléchir, de faire leur choix. Qui en ont les moyens financiers aussi. Je marche. Des plus âgées comme moi. Je les regarde tout en songeant espérance de vie. C’est nouveau, chez moi, ce nouvel étalon de mesure. C’est plus cuisant encore ce matin que nous marchons ensemble avec l’espoir de changer quelque chose. Toi, là dix ans au plus, toi comme moi, vingt ou trente, si tu manges bio et fais tous les jours de l’exercice physique.

Je marche marche et trottent trottent les idées dans ma tête. Questions sans réponse du style, combien parmi elles vivent en HLM, combien sont des privilégiées avec de belles maisons et de grands jardins, maintenant que j’ai ce qu’il me faut, tant pis si les autres ne peuvent pas se loger, consommation du territoire, densification des centres urbains. Je marche. Pendant ce temps mon tracteur robot à batterie s’occupe de tondre mes trois mille mètres carrés de jardin. Je marche. La pollution par les batteries et l’épuisement des ressources, ce sera pour le dimanche d’après celui d’après.

Je repense à ce que mon maire m’a appris : mathématiquement si chaque famille a deux enfants minimum, trois plutôt dans celles qui marchent avec moi, en admettant que les parents gardent longtemps leur grande maison, qu’ils ne divorcent pas, combien faudra-t-il créer de logements une fois les enfants devenus grands ? C’est mathématique. Mais on continue à faire des enfants et à divorcer. Personne ne semble trouver que tout cela ne tient pas ensemble. Rien ne tient debout. Et qui les vend les terrains pour que l’urbanisation puisse avoir lieu ? Il y a bien quelqu’un au début de la chaîne qui empoche quelque chose. Celui-là qui viendra se plaindre en mairie qu’embouteillage, pas assez de routes, de ronds-points, de dos d’âne...

Je marche. Les agriculteurs utilisent les pesticides, font des réserves en prévision du jour où Macron ou son successeur se décidera à tenir ses promesses électorales, si si, ça finira par arriver. Sans faire de propagande, François Hollande a bien tenu celle où il disait vouloir augmenter le nombre d’enseignants. J’étais aux premières loges pour vérifier. Mais voilà que je reviens avec mon particulier, alors que je voudrais élever le débat, passer de l’individuel au général, à l’intérêt général. Toujours à ramener son petit « je », moi comme les autres. Nous marchons.

Pour marcher je me suis fait déposer en voiture, tout comme je me ferai reprendre. Quatre fois un trajet pour rien et l’essence et la pollution... Est-ce qu’il reste un dimanche dans le mois pour s’occuper de cela ? Nous marchons.

Nous marchons dans le système, dans ce monde que nous dénonçons un dimanche par an pour les plus motivés ou les plus amateurs de coquelicots. Chaque minute, à chaque endroit, quoi que nous fassions, nous marchons de pleins pieds dans le système.

Parce que moi toute seule j’aimerais bien des coquelicots dans la Manche, dans ma manche, sous le coude, dans mon carré de jardin.

 

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Publié le par Anne Dejardin
Disponible sur Amazon et bientôt à la maison : On s'habitue à tout... même au bonheur !

http://www.amazon.fr/shabitue-à-tout-même-bonheur/dp/2491258005/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&keywords=on+s%27habitue+%C3%A0+tout+m%C3%AAme+au+bonheur&qid=1568186499&s=gateway&sr=8-1

Quoi de plus frustrant que de constater que le bonheur semble toujours s’être arrêté dans la maison d’à côté, plus belle, plus grande, avec un jardin plus v

aste ou plus verdoyant…

Ce livre est un témoignage du fait que tout est possible et merveilleux à tout âge, une fois qu’on a délogé la peur.  C’est un remède à la peur du bonheur. Et pour celles dont la maison a depuis longtemps accueilli cet hôte étrange et insaisissable et qui sont heureuses, ce livre se veut être aussi le récit de ce que doivent affronter les autres, celles qui gardent leurs volets clos, avec une pancarte sur la porte (à l’intention du bonheur) : intrus, passe ton chemin !   

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Publié le par Anne Dejardin

 

Le camélia ou l’art de la chute. C’est ce qui me trottait en tête depuis quelques jours. Ecrire là-dessus. Voilà qui me semble trop simple. Se méfier de sa première idée lorsqu’on veut écrire un scenario. Alors écarter le camélia. Deux pommes qui traînent sur la table de la cuisine. Presqu’identiques. Mais il y en a une qui est un rien plus petite, un rien, justement ce rien à propos duquel il faut écrire. Un rien plus petite. Un rien plus déformée. Leur différence tient en ce rien. Même ton, même état d’avancement. Deux petits jaunes dans le fouillis de la table de cuisine et c’est là que le cahier a choisi de s’ouvrir ce matin. Deux petits jaunes de forme sphérique comme un rappel des deux autres de forme parallélépipédique, jetés dans une caisse en bois avec un écriteau « servez-vous » chez un opticien du centre du village. Hésitation à y regarder de plus près. Sont-ils à échanger avec d’autres ? A-t-on le droit de les emporter ? Pour toujours ? La couverture plastifiée avec un code en lettres sur la tranche lève le mystère sur leur vie antérieure. Une bibliothèque a voulu s’en débarrasser. Besoin de place. Sommés de dégager. Même couverture et même couleur, unis par un éditeur commun qui a fait de ce ton flamboyant sa marque de fabrique. Pas de photo aguicheuse, c’est qu’on présente de la grande littérature. Un tout petit titre de rien du tout, un mot unique sur l’un : prison. Le prénom et le nom de l’auteur ne sont guère plus longs. Et son jumeau de Pierre Bergounioux. Stupéfaction, ces deux-là naufragés rescapés échoués sous mes yeux dans un lieu où mon passage était improbable ne peuvent être que pour moi ! Il suffisait de presque rien, peut-être un quart de dioptrie en moins pour que... Et ils auraient fini ailleurs une dernière fois lus ou même pas. Les pommes en couple improbables continuent à me questionner dès que je lève les yeux. On parlait de quoi au départ ? Ah oui, de vous. De vous pas vraiment à votre place au milieu d’autres objets improbables réunis comme pour une nature morte qu’on nommerait désordre : deux pommes jaunes avec un flacon de médicament sans bouchon, un verre avec sa cuillère inclinée en tobogan, des bagues fantaisie volumineuses, deux prospectus pour la toute nouvelle piscine, la pancarte en bois avec les lettres H, O, M et E, ramassées sur le paillasson, envolée du clou rouillé planté dans la porte d’entrée, montage savant bricolé avec amour pour un couple légitime, honoré, affiché dès la porte d’entrée, tout le monde a le droit d’avoir un rien de mauvais goût, les lettres décollées en vrac à côté des deux pommes et on ne sait laquelle des deux sera mangée la première et comment ce choix se fera car à l’œil nu elles semblent aussi mûres l’une que l’autre, identiques du moins de ce point de vue-là. Ecrire sur rien, est-ce d’une quelconque utilité pour quelqu’un d’autre que celui qui écrit ? Ecrire sur rien, c’est ce que je fais de mieux, il dit, celui qui me lit chaque matin au saut du lit, celui qui dort pendant que j’écris, que j’écris pour rien. Sur les pommes ou la fleur de camélia qui personnifie l’art de la chute. Tombée à peine éclose. Toute la puissance de sa floraison l’entraîne dans sa chute. Trop lourde pour la tige qui ne peut le retenir. Sa nature lui fait préférer l’ombre et les régions pluvieuses. Les pluies fréquentes la gorgeront d’eau. Le bouton longtemps demeuré clos, encapuchonné de vert sombre, va se délester comme on s’ébroue. Il ne peut retarder sa floraison. Quand c’est parti, c’est parti. Il faut y aller. Une pluie toujours cueille la fleur de camélia, l’alourdit, jaunit les bords de ses pétales. Celle-ci est intacte, tombée en pleine perfection. Elle pourrira sur place dans ce nid d’herbes sauvages qui a atténué sa chute, mais hâtera sa putréfaction. Fraîche contre la paume de la main, elle y tient tout entière, en épouse le creux, s’y love en confiance. Renflée juste ce qu’il faut. Rose celle-ci. Alors que dans la pensée le camélia ne peut qu’être blanc, émouvant comme celle qui en est l’emblème, cette actrice jouant son rôle dans le film en noir et blanc, beauté diaphane et éphémère, chantant encore à pleins poumons alors qu’elle ne devrait plus que tousser, mourant jeune... Et ce sentiment d’injustice. Serait-ce moins triste, si elle n’était si belle ? Pleure-t-on la mort de la fleur de pissenlit ? Est-ce seulement une émotion qui s’ajoute à une autre, celle éprouvée face à la beauté doublée du choc face à l’injustice. La main s’ouvre. Cette fleur-ci va connaître un destin exceptionnel. La main s’incline. Le camélia va tomber une seconde fois.

 

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